[ Liste des articles du n° 7 ]
Médecine basée sur les preuves et humanisme
Les sociétés savantes sont en cours d’élaborer les protocoles thérapeutiques pour les maladies qui sont prises en charge par l’assurance-maladie. Il est évident que la référence à la médecine basée sur des preuves est une nécessité dans cette entreprise mais avec une petite réserve qu’il faut souligner.
La Médecine moderne est née avec la méthode expérimentale proposée par Claude
Bernard, voici plus d’un siècle. Les essais thérapeutiques représentent l’application actuelle de cette méthode à l’évaluation de nos prescriptions.
Au début du vingtième siècle, les innovations thérapeutiques étaient le fruit d’observations, d’hypothèses, d’essais cliniques individuels qui ne se généralisaient que très lentement, à la faveur de confrontations nombreuses et de querelles d’écoles. L’époque actuelle impose à toute thérapeutique la démonstration de son efficacité et de sa tolérance par des méthodologies rigoureuses impliquant des évaluations précises aux plans clinique et statistique. Les essais cliniques, outils privilégiés de cette exigence, se sont ainsi multipliés.
Une bonne connaissance de ces essais est fondamentale et la lecture directe des articles originaux est sans doute le meilleur moyen de bien comprendre la portée de chaque essai, la population étudiée, les critères d’efficacité retenus. Il est, en revanche, plus difficile de s’assurer de l’absence de tout biais et de saisir les limites de l’étude.
Cette lecture est donc longue, voire complexe, et il faut se féliciter qu’une presse de qualité nous aide dans ce travail en sélectionnant et en résumant ces publications. Pour riche et fructueuse qu’elle soit, cette connaissance d’une efficacité quantifiée n’est pas tout. Le terme même de preuves est d’ailleurs à considérer avec discernement car il s’agit de faits établis dans le cadre d’un essai clinique donné, dont l’extrapolation à la pratique de tous les jours doit toujours rester prudente. L’absence de différence statistiquement significative n’équivaut pas toujours à l’absence de différences cliniquement pertinentes comme, à l’inverse, une différence significative au plan statistique est sans intérêt si elle ne sous-tend pas une amélioration clinique suffisante.
L’expérience personnelle du prescripteur, les préférences personnelles d’un patient dûment informé et les valeurs de la société conservent toute leur importance dans la décision finale. La Médecine est une science humaine, non réductible aux chiffres, tirant profit des enseignements du passé. Il reste cependant toujours à passer du plan théorique au plan concret, de l’essai au patient, pour lequel une décision est à prendre : c’est dans ce processus que doit se manifester tout notre sens clinique, que certains appellent « Art », et qui consiste à donner au malade des chances beaucoup plus élevées que celles qui résulteraient d’une prescription systématique ou de l’application généralisée d’un résultat statistiquement significatif. Au-delà de ce discernement restons vigilants et appliquons notre médecine avec science donc à l’aide de faits basés sur des preuves mais aussi avec humanisme qui intègre la notion de préférence du patient, de coutume de la société où il vit et aussi l’expérience accumulée du praticien.
Pr. Farid HAKKOU
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