[ Liste des articles du n° 6 ]
La lutte antituberculeuse au Maroc
Dans le monde, huit millions de nouveaux cas de tuberculose apparaissent chaque année entraînant plus de 2 millions de décès. L’OMS estime à 1 milliard 900 millions le nombre d’individus infectés par le bacille tuberculeux dont les deux tiers se trouvent dans le continent asiatique. D’ici l’an 2020, l’on aura dénombré près d’un milliard de nouvelles infections, 200 millions de nouveaux cas malades et 70 millions de décès si la lutte contre cette maladie n’est pas renforcée.
La lutte contre la tuberculose est devenue ainsi une priorité mondiale. Avec un degré d’alerte élevé, la nécessité de recadrer le plan de lutte contre cette maladie en consolidant les objectifs et les approches, est devenue une des préoccupations majeures.
La révision du Programme National de Lutte contre la Tuberculose, que le Maroc a entrepris en 1990, a permis, non seulement d’assurer, aujourd’hui, la détection par ce programme public, de plus de 80 % de cas de tuberculose pulmonaire à microscopie positive (TPM+) qu’enregistre annuellement notre pays, mais aussi d’atteindre un taux annuel de succès thérapeutique qui, selon l’OMS, se situe entre 85 % et 90 %. De sorte que notre pays a pu atteindre dès 1995 les objectifs pour lesquels l’OMS avait fixé comme échéance l’an 2000, dans le cadre de sa stratégie internationale DOTS (Directly Observed Treatment Short-Course : Stratégie de traitement de brève durée sous surveillance directe).
Cette réussite atteste d’une capacité indéniable du Maroc à auto gérer cette maladie persistante chez nous, avec comme acquis important pour la population, la gratuité totale de la prise en charge médicale des patients.
Toutefois, ces performances et ces investissements n’ont pas encore permis d’infléchir radicalement l’incidence de cette pathologie, avec ses différentes formes, puisque le taux de prévalence est encore de 26 000 cas par an, soit une incidence de 87 nouveaux cas pour 100 000 habitants et que sur ces 87 cas, pas moins de 40 présentent une tuberculose pulmonaire à microscopie positive. 70 % des cas dépistés sont concentrés dans les zones les plus urbanisées et les plus peuplées. 70 % des cas de tuberculose ont un âge compris entre 15 et 45 ans et 80 % ont un âge inférieur à 45 ans. L’âge moyen de ces patients étant de 34 ans, dont 57 % des hommes contre 43 % des femmes. L’effectif le plus élevé des cas atteints réside dans les zones suburbaines et dans les zones à urbanité fragiles ou fort déficitaires en équipements collectifs et en conditions de vie adéquates, comme les vieilles médinas, les vieux quartiers et les extensions sauvages et/ou informelles des grandes villes : par exemple, 20 % des nouveaux cas de tuberculose sont notifiés à Casablanca où l’incidence peut dépasser 140 nouveaux cas pour 100 000 habitants par an dans certaines de ses préfectures. Ainsi, la tuberculose représente au Maroc un problème majeur de santé publique qui possède un impact socio-économique majeur, puisque plus des 2/3 des cas dépistés annuellement appartiennent à une population active (jeunes mâles actifs).
La lutte contre la tuberculose a été toujours considérée comme une intervention sanitaire prioritaire et est organisée au Maroc dans le cadre du Programme National de Lutte Antituberculeuse (PNLAT). Le nouveau programme antituberculeux a été révisé pendant l’année 1990. Il a été mis en œuvre dans toutes les provinces à partir de janvier 1991, afin de réduire de façon notable la transmission du bacille tuberculeux dans la population.
Actuellement, le Maroc, concerné par les objectifs du millénaire tracés par l’ONU en matière de développement humain, est engagé par la nouvelle stratégie à établir pour la durée 2 006 – 2 015 que recommande l’OMS. Les six composantes de la nouvelle stratégie « Halte à la tuberculose » sont les suivantes : poursuivre l’extension et le renforcement d’un traitement DOTS de qualité ; s’atteler au problème de la co-infection tuberculose/VIH, de la tuberculose polypharmacorésistante et autres difficultés existantes ; contribuer au renforcement des systèmes de santé ; faire participer tous les dispensateurs de soins ; doter les tuberculeux et les communautés des moyens d’agir ; faciliter et promouvoir la recherche.
L’interpellation du phénomène de la pauvreté comme donnée fondamentale dans le diagnostic de la prévalence et de l’incidence de la tuberculose au Maroc, cadre opportunément avec le grand chantier national de l’Initiative Nationale de Développement Humain. La stratégie d’action doit comporter les activités nécessaires pour plaidoyer auprès de tous les partenaires, y compris les médias qui jouent leur rôle fort pertinent de sensibilisation et d’éducation du public, pour augmenter le niveau de la prévention et de la promotion de comportements corrects en cas de maladie. Quant aux ONG et associations, leur rôle réside dans l’identification précise et concrète des besoins des populations, comme dans l’accompagnement du suivi des actions sur le terrain et dans la fonction de veille et de l’appréciation critique des processus de réalisation, fonction citoyenne indispensable pour une réelle et efficiente évaluation des stratégies déployées et des efforts investis sur le terrain. En effet, la démarche intersectorielle est depuis des années, une culture bien assimilée et bien éprouvée par les personnels du Ministère de la Santé permettant de soutenir les performances de la quasi-totalité des programmes sanitaires, tout particulièrement en direction de nos populations cibles du monde rural et dans nos activités nationales de prévention, d’éducation et de mobilisation sociale. Pour la réussite de la lutte contre cette pathologie, un engagement concret et volontariste est indispensable, de la part de tous les professionnels de la santé aussi bien du secteur privé que public, des laboratoires d’analyses, de l’industrie pharmaceutique et parmi les membres des organisations professionnelles et des sociétés savantes, dans un esprit de solidarité pour une nouvelle relance du programme de lutte contre la tuberculose dans toutes ses formes.
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