[ Liste des articles du n° 2 ]
Les médicaments biologiques ou biomédicaments
La biotechnologie s’interprète classiquement comme « l’application des principes scientifiques et de l’ingénierie à la transformation de matériaux par des agents biologiques pour produire des biens et des services. »
Dans l’activité des entreprises du médicament, la biotechnologie recouvre l’ensemble des techniques qui utilisent les ressources du vivant (tissus, cellules, protéines…) pour concevoir ou produire des substances actives. Concrètement, les médicaments issus des biotechnologies comprennent d’une part des médicaments dont la production est issue d’organismes vivants ou de leurs composants cellulaires (par exemple, l’insuline humaine, les interférons, l’hormone de croissance, les facteurs anti-hémophiliques ou les anticorps), ou des médicaments relevant de la chimie de synthèse, mais dont la conception a fait appel aux biotechnologies, à travers l’identification d’une cible cellulaire nouvelle (le processus de mise au point dans la leucémie myéloïde chronique). Ces médicaments biologiques représentent une part croissante dans l’innovation thérapeutique. D´ici 2010, entre 82 et 137 médicaments de biotechnologies devraient être mis à disposition des malades. Ce qui représenterait alors 12 % du marché mondial du médicament, soit plus de 100 milliards de dollars de chiffre d´affaires.
Cette croissance, qui dépasserait 14 % par an, va impliquer le quadruplement des capacités de production de biomédicaments existants dans le monde.
L’objectif du présent article est de faire un état des lieux sur la réalité du développement de ces thérapies innovantes.
Biomédicament — Définition
Selon l’article L. 5 121-1 modifié du code de la santé publique Française se référant au droit communautaire dans le domaine du médicament, le médicament biologique se définit comme « tout médicament dont la substance est produite à partir d’une source biologique ou en est extraite et dont la caractérisation et la détermination de la qualité nécessitent une combinaison d’essais physiques, chimiques et biologiques ainsi que la connaissance de son procédé de fabrication et de son contrôle »
Caractéristiques des biomédicaments
75 % de ces médicaments ont été mis sur le marché dans les dix dernières années. Et, depuis le lancement en 1984 du premier biomédicament en France (une insuline recombinante), l’arrivée des nouveaux produits se poursuit à un rythme soutenu. Les biomédicaments ont ainsi représenté une part croissante de l’innovation thérapeutique, représentant sur les quatre dernières années entre 30 et 40 % des nouvelles molécules. Près de 60 % de ces produits sont d’origine américaine (découverte et détention du brevet d’origine). Le Danemark et la Suisse suivent avec 10 % chacun, la France arrive au 4ème rang.
La nature de traitement de pointe d’une large majorité de ces médicaments est corroborée par l’analyse de leur mode de prescription et de leur évaluation. 63 % des biomédicaments sont prescrits pour la première fois à l’hôpital, et un tiers est réservé à un usage hospitalier strict. Si l’on exclut insulines et vaccins, 84 % de ces traitements sont délivrés sur prescription hospitalière initiale ou systématique. Enfin sur les 10 biomédicaments qui réalisent les chiffres d’affaires les plus importants, en France, 8 ont obtenu la reconnaissance d’une amélioration du service médical rendu (ASMR) majeure (niveau 1).
Ce sont des médicaments de pointe représentant un traitement ciblé (30 % des biomédicaments traitent des populations de malades très étroites, ou atteints de déficiences génétiques héréditaires), les biomédicaments apportent de plus en plus de solutions
Aires thérapeutiques et biomédicaments
La dernière étude de l’entreprise européenne du médicament (Leem) a montré que les biomédicaments s’étendent sur 16 aires thérapeutiques et que les 5 premières aires thérapeutiques représentent 61 % des biomédicaments.
Il a été constaté que l’industrie du biomédicament ne se désintéresse pas de l’infectiologie. Au contraire, ce domaine se place en tête des aires thérapeutiques avec 17 biomédicaments soit 19 % des biomédicaments sur le marché français. Respectivement 2ème et 3ème, le diabète (12 biomédicaments) et l’hématologie (10 biomédicaments) complètent le trio de tête. Par ailleurs, avec 6 biomédicaments, la cancérologie se place en 6ème position à égalité avec la cardiologie et à distance de l’infectiologie. Néanmoins, dans la présentation classique des biomédicaments (notamment les statistiques présentées par Pharma), il est fréquent de compiler les données hématologie et cancérologie, de nombreux produits d’hématologie étant utilisés dans le traitement des cancers, ceci conduit alors l’ensemble à représenter 16 % des médicaments.
Classes pharmacologiques et biomédicaments
Après l’étude des aires thérapeutiques, la classe pharmacologique apparaît comme un indicateur plus spécifique quant à la nature même des biomédicaments.
Selon la même étude, on dénombre 12 classes pharmacologiques importantes. Dans le trio de tête, on retrouve respectivement les immunomodulateurs (13 biomédicaments), les anticorps monoclonaux (12) et les insulines recombinantes (12). En complétant avec les facteurs de coagulation (9) et les vaccins (9), les 5 premières classes représentent 60 % des biomédicaments sur le marché français.
Il y a donc là aussi une concentration des biomédicaments sur des classes pharmacologiques majeures. On peut expliquer ce phénomène selon une logique inhérente à la science. La découverte d’une classe pharmacologique induit l’exploration de toutes les potentialités de cette classe (ex : les anticorps monoclonaux) avant d’explorer d’autres classes inconnues.
Notion de Service médical rendu (SMR) et d’amélioration du service médical rendu (ASMR)
Les biomédicaments sont souvent présentés comme un relais d’importance au développement de l’innovation thérapeutique dans l’activité des entreprises du médicament. L’innovation reste cependant un concept diversement estimé selon que l’on se place du point de vue du patient, des médecins ou de la collectivité.
D’où l’intérêt de l’analyse de l’innovation biothérapeutique à travers les avis de transparence rendus par la Commission de la Transparence et diffusés sur le site Internet du secrétariat de la Commission de la Transparence depuis 2001.
En effet, l’une des missions de la Commission de la Transparence est de contribuer au bon usage du médicament en publiant une information scientifique pertinente et indépendante sur les médicaments, leur place dans la stratégie thérapeutique, et les résultats de l’évaluation de leur service médical rendu (SMR), ainsi que l’amélioration du service médical rendu (ASMR) qu’ils sont susceptibles d’apporter par rapport aux traitements déjà disponibles.
L’évaluation de l’ASMR représente donc un indicateur officiel et institutionnel d’évaluation de l’apport innovant des nouveaux médicaments selon des critères objectifs définis par les pouvoirs publics. La Commission de la Transparence évalue chaque ASMR selon le barème connu (voir tableau).
Les biomédicaments commercialisés en France sont ainsi évalués par la Commission de la Transparence. Parmi les 90 biomédicaments recensés par l’étude de Leem. La part de l’ASMR 1 concerne 24 % des biomédicaments. Les ASMR 2, 3 tiennent une place équivalente avec pour chacun une part comprise entre 16 et 18 %.
Les biosimilaires ou biogénériques
Selon l’article L. 5 121-1 modifié du code de la santé publique Française se référant au droit communautaire dans le domaine du médicament, le médicament biologique similaire est défini par « tout médicament biologique de même composition qualitative et quantitative en substance active et de même forme pharmaceutique qu’un médicament biologique de référence mais qui ne remplit pas les conditions prévues pour être regardée comme une spécialité générique en raison de différences liées notamment à la variabilité de la matière première ou aux procédés de fabrication et nécessitant que soient produites des données précliniques et cliniques supplémentaires dans des conditions déterminées par voie réglementaire. »
Deux décennies après la mise sur le marché communautaire des premiers médicaments produits par des moyens biotechnologiques (par opposition aux produits pharmaceutiques « normaux »), plusieurs de ces brevets arrivent maintenant à expiration. En d’autres termes, les premiers médicaments « biogénériques » — appelés médicaments biosimilaires en Europe – commencent à arriver sur le marché pharmaceutique. La Commission européenne soutient cette évolution, étant donné que les procédés biosimilaires sont moins coûteux tout en étant sûrs et efficaces (comme les médicaments biotechnologiques originaux).
En effet, la Commission européenne a maintenant accordé la première autorisation de commercialisation pour un tel produit biosimilaire. Ce médicament, l’omnitrope, est destiné à traiter les perturbations de la croissance et le manque d’hormone de croissance chez les enfants et les adultes. Il a été évalué et a fait l’objet d’un avis scientifique positif de l’Agence européenne des médicaments en janvier 2006. Les études ont montré que l’omnitrope était comparable et similaire en qualité, sécurité et efficacité à un produit médical de référence déjà autorisé dans l’UE, la génotropine.
Les médicaments biosimilaires présentent de nouvelles opportunités, tant pour l’expansion de l’industrie générique que pour le contrôle des dépenses de santé. Néanmoins, ces produits complexes doivent se conformer aux mêmes normes rigoureuses de qualité, de sécurité et d’efficacité que tout autre médicament, dans l’intérêt des patients.
Les substances innovatrices bénéficient d’une période type d’exclusivité commerciale qui peut durer 25 ans en vertu du droit des brevets. En outre, les essais et les tests nécessaires à leur autorisation comme médicament sont couverts par une période de protection des données qui peut atteindre, aux termes de la législation pharmaceutique, jusqu’à 11 ans à partir de la date d’autorisation du médicament. À l’issue de ces périodes, d’autres entreprises ont la possibilité d’accéder au marché avec des produits génériques ou, à partir d’aujourd’hui, des produits biosimilaires.
Mais les médicaments chimiques, contrairement aux médicaments biologiques, présentent des composants assez simples, avec une structure moléculaire relativement peu complexe.
Les médicaments biologiques sont en effet très développés, présentent des structures complexes et sont hétérogènes (non homogènes). Une molécule d’un médicament biologique est une protéine composée d’une chaîne de centaines d’acides aminés au sein d’une structure tridimensionnelle complexe.
Du fait qu’ils sont composés de molécules aussi grandes, la plupart des médicaments biologiques doivent être administrés par injection, alors que les médicaments chimiques peuvent être pris oralement, sous forme de pilule ou de tablette.
Du fait de la taille de ces structures moléculaires, les tests de ces médicaments biologiques doivent être extrêmement rigoureux pour examiner entre autres d’éventuels rejets par le corps, si par exemple ils ne provoquent pas d’anticorps ou d’inhibiteurs. Ce problème est bien connu dans le traitement de l’hémophilie.
Aussi ne peuvent-ils être considérés et réglementés de la même manière que les génériques. En outre, les produits biosimilaires ne sont pas faciles à produire, au même titre que d’autres médicaments biotechnologiques, et sont sensibles aux modifications de fabrication. Un cadre spécifique a dû être mis en place pour réglementer ces produits.
Depuis l’adoption de la législation pharmaceutique révisée de l’UE en 2004, la Commission a travaillé activement à l’établissement d’un cadre réglementaire global permettant d’évaluer, d’autoriser et de suivre les produits biosimilaires. En outre, l’Agence européenne des médicaments (AEM) a élaboré des lignes directrices scientifiques sur les divers aspects de qualité pré-clinique et clinique qui sont spécifiques aux biosimilaires.
Ces dispositions spécifiques font partie intégrante du cadre législatif des produits pharmaceutiques et précisent comment établir scientifiquement la similarité biotechnologique entre la substance et un médicament innovateur, en tant que condition préalable à l’autorisation de mise sur le marché communautaire. À la différence des génériques, dont l’identité chimique doit être prouvée, la similarité biotechnologique est évaluée en fonction du résultat d’essais complémentaires, mis en place au cas par cas.
L’Europe de l’Ouest ayant tout récemment clarifié son processus d’approbation de réglementation pour les bio génériques, l’Union Européenne est devenue le premier marché occidental à formellement clarifier son processus d’approbation pour les produits bio génériques contrairement au marché américain qui est pourtant considéré leader en ce domaine.
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