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Conduite à tenir devant une allergie aux parfums

Le parfum contient une multitude de molécules, d’origine synthétique ou naturelle, qui, toutes, possèdent des fractions chimiques allergisantes.
L’allergie aux parfums est fréquente, elle touche selon les études 1 à 6 % de la population et jusqu’à 10 % des patients consultant en dermato-allergologie.

ASPECTS CLINIQUES
Il existe un très grand polymorphisme des lésions, source de fréquentes erreurs diagnostiques

Réactions allergiques
Ce sont des réactions immunologiques d’hypersensibilité retardée ou beaucoup plus rarement d’hypersensibilité immédiate.

Réactions d’hypersensibilité retardée
Dans un grand nombre de cas, elles se traduisent par un eczéma papulo-vésiculeux ou sec et fissuré qui siège essentiellement au niveau du visage, des paupières et du cou. Elles peuvent parfois se traduire par des réactions qui n’évoquent pas immédiatement un diagnostic d’allergie aux cosmétiques comme un prurit isolé sans lésion clinique, un érythème à peine visible, des eczématides érythémateuses ou parfois achromiantes.

Réactions d’hypersensibilité immédiate
Elles se traduisent soit par un érythème ou un œdème et un prurit intense, soit par une urticaire, un malaise, voire même par une réaction anaphylactique heureusement exceptionnelle.
Ce type de réactions peut s’accompagner de signes généraux : sensation de fatigue ou de malaise, de signes ORL : picotements du nez, de la gorge, ou ophtalmiques : larmoiement, conjonctivite et parfois même respiratoires.

Réactions irritatives
Sans aucune composante immunologique, elles sont dues à l’application sur la peau d’une ou plusieurs substances naturellement irritantes. Les parfums ou les produits parfumés, tels les déodorants ou antiperspirants, les lingettes démaquillantes ou de toilette intime contiennent certains composants (alcools et aldéhydes) qui peuvent provoquer des réactions d’irritation.
Certains sites sont particulièrement sensibles à ces composants tels les aisselles, le périnée et les plis de flexion.

Réactions de photosensibilisation
Ces réactions sont dues à la rencontre entre le rayonnement solaire et une molécule appelée « chromophore » qui absorbe les ultraviolets, le plus souvent UVA, et peuvent être phototoxiques ou photoallergiques.
La photoxicité est une réaction photochimique se traduisant par un érythème à type de coup de soleil, parfois bulleux ou plus fréquemment par « une pigmentation en breloque ».
Les réactions photoallergiques sont des réactions photoimmunologiques à médiation cellulaire de type IV, beaucoup plus rares, et sont très souvent des aggravations liées au soleil d’allergies de contact plus ou moins méconnues, notamment aux filtres solaires.

CONDUITE A TENIR DEVANT UNE ALLERGIE AUX PARFUMS
Interrogatoire minutieux
Il portera à la fois sur les cosmétiques utilisés et les traitements antivieillissement, et sera complété par la recherche de l’utilisation de produits parfumés ménagers, domestiques, professionnels, médicamenteux et ce par voie directe, à distance, manuportée, par procuration ou aéroportée.

Examen clinique attentif
Il cherchera d’emblée à différencier une réaction irritative d’une réaction allergique et prendra en compte à la fois les signes cliniques subjectifs et objectifs, la chronologie et l’évolution des lésions.

Bilan allergologique
Il comprendra :
Les épidermotests
• Les marqueurs
Trois allergènes de la batterie standard de l’International Contact Dermatitis Research Group (ICDRG) sont des « marqueurs » de l’allergie aux parfums : fragrance-mix, baume du Pérou et colophane. Ils permettent de mettre en évidence la plupart des allergies aux parfums mais n’identifient cependant pas la totalité des molécules parfumantes utilisées couramment dans les produits cosmétiques.
Une sensibilisation concomitante avec fragrance-mix, baume du Pérou et colophane est un argument majeur en faveur d’une allergie réelle aux parfums qui doit donc entraîner une éviction drastique de ces molécules, en essayant cependant de préciser au maximum les allergènes responsables.

La batterie parfums-arômes. Avec si possible la batterie antiseptiques-conservateurs qui peut compléter l’orientation diagnostique.

Les produits suspectés. Parfumés ou non, apportés par le patient.

Les tests semi-ouverts
Ils sont utilisés pour les mascaras, shampoings et laques facilement irritants.

Les tests ouverts
Ils sont pratiqués avec le ou les produits suspects, cosmétiques ou parfums ; à lecture immédiate en cas de réaction d’hypersensibilité immédiate.

Les tests ouverts à application répétée (ROAT)
Ils sont appliqués matin et soir, sur la face antérieure de l’avant-bras pendant 10 à 15 jours.

Les tests de réintroduction
Reprise des applications du produit suspect après un arrêt de 10 à 15 jours et constatation d’une amélioration clinique.

Rechercher la pertinence actuelle du ou des allergènes : lien entre l’observation clinique et la positivité des tests
Elle est souvent difficile à établir pour de multiples raisons :
• Difficulté d’interprétation à la lecture des tests (faux positifs, faux négatifs) ;
• Sources différentes des molécules déterminant une allergénicité différente ;
• Présence fréquente de co-facteurs favorisant l’éruption : dermatose pré-existante a minima, pratique de sports et transpiration, expositions solaires, superposition d’applications de produits, tissus favorisant frottement et irritation.

TRAITEMENT
Après le traitement dermatologique d’une crise aiguë, l’éviction des récidives passe uniquement par la suppression de l’allergène responsable. Elle est particulièrement difficile étant donné le nombre de voies de sensibilisation. Elle justifie de la part du patient et de son entourage une observation attentive et permanente ainsi qu’une confiance totale dans le diagnostic et les recommandations du médecin.

Si les molécules parfumantes restent le premier allergène des produits cosmétiques, il n’en demeure pas moins que le nombre de réactions cutanées qui leur sont imputables sont en nette diminution depuis deux à trois ans. Il est probable que les décisions prises par la Commission européenne et l’établissement de la liste des 26 molécules parfumantes les plus sensibilisantes a déclenché un mouvement de contrôle et de précaution qui ne fera que s’amplifier au sein de l’industrie cosmétique. On peut espérer que de nouvelles méthodes no invasives de prédictibilité de la sensibilisation des molécules permettront dans l’avenir une limitation des réactions cutanées.

REFERENCES
1.A. Pons-Guiraud. Les allergies aux parfums en 2007. Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 2007 ;47:232–6.
2.De Groot AC, Coenraads PJ, Bruynzeel DP, Jagtman BA, van Ginkel CJ, Noz K, et al. Routine patch testing with fragrance chemicals in the Netherlands. Contact Dermatitis 2000 ;42(3):184–5.
3.Rastogi SC, Heydorn S, Johansen JD, Basketter DA. Fragrance chemicals in domestic and occupational products. Contact Dermatitis 2001 ;45: 221–5.
4.Meynadier JM, Raison-Peyron N, Leunier L, Meynadier J. Allergie aux parfums. Rev Fr Allergol 1997 ;37(5):641–50.
5.Frosch PJ, Pirker C, Johansen JD, Menne´ T, Rastogi SC, Bruze M, et al. New markers for fragrance hypersensitivity (abstract). Contact Dermatitis 2000 ;42(suppl.) :51.
6.Johansen JD, Frosch PJ, Rastogi SC, Menne´ T. Testing with fine fragrances
7.in eczema patients. Contact Dermatitis 2001;44:304–7.

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