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Enquête : Antihistaminiques et troubles
Les troubles de la vigilance sont des effets secondaires classiques de la classe des antihistaminiques pouvant avoir des retentissements sur l’observance thérapeutique mais surtout favoriser des accidents de la voie publique ou des accidents de travail.
Les Antihistaminiques sont classés en trois générations. A efficacité égale leur tolérance, plus particulièrement leur impact sur l’état de la vigilance, s’améliore de génération à une autre au dépit d’un coût de plus en plus élevé.
L’objectif de notre étude était d’évaluer la fréquence des troubles de la vigilance sous antihistaminiques en fonction de leur génération ; d’évaluer les conséquences de cet effet indésirable sur la conduite d’automobile (les accidents de la voie publique) ou le déroulement du travail (accident du travail) pendant la durée du traitement ; ainsi qu’évaluer le niveau de la sensibilisation des patients par leur médecin prescripteur ou par le pharmacien.
Matériels et Méthodes
Notre travail s’est déroulé sous forme d’enquête au moyen d’un questionnaire anonyme, constitué de 21 questions à choix multiple, couplé à une échelle d’évaluation de l’état de vigilance de type « échelle d’Epworth » modifiée dans sa forme globale sans atteinte à son contenu, afin de l’adapter à notre contexte. L’étude est réalisée à la consultation de pneumo-allergologie de CHU Ibn Rochd durant 3 mois (Mai – juin 2004). Le nombre de patients inclut dans l’étude était préétabli à 100 patients. Le principal critère d’inclusion était le traitement antihistaminique au long cours.
Résultats
Répartition selon les sous-classes des antihistaminiques
Les patients de l’étude étaient sous différentes sous-classes d’antihistaminiques, principalement, ceux de la deuxième génération (90 %).
Somnolence sous antihistaminiques
61 % des patients sous antihistaminiques présentaient une somnolence diurne.
Tenant compte des scores de l’échelle de somnolence d’Epworth, 54 % des patients sous antihistaminiques avaient une somnolence modérée. Aucun cas de somnolence sévère n’était retrouvé.
Répartition de la somnolence en fonction de la génération des antihistaminiques consommés
Après traitement des résultats, il s’est avéré que tous les patients traités par des antihistaminiques de la première génération, ont présenté une somnolence comme effet indésirable. Alors que 58 % des patients traités par des antihistaminiques de la deuxième génération ont présenté cet effet. Cependant, aucun cas de somnolence n’a été déclaré chez les patients sous antihistaminiques de la troisième génération.
Conséquences de la somnolence sous antihistaminiques
Parmi les patients ayant eu une somnolence moyenne ou sévère, 43 % ont arrêté par moments leur traitement à cause des différentes gênes ressenties au cours de leur vie quotidienne, causées par leur somnolence diurne. Le tiers des patients somnolents et conducteurs d’automobile ont eu un accident de la voie publique et 13 % un accident de travail suite à leur somnolence.
La sensibilisation des patients à cet effet indésirable
Seuls 30 % des patients sous antihistaminiques étaient sensibilisés du risque de survenue d’une somnolence comme éventuel effet indésirable du traitement par leur médecin traitant, et uniquement 22 % par le pharmacien.
Discussion
Dans notre série 100 % des patients sous antihistaminiques de la première génération ont rapporté une somnolence diurne. Ces résultats sont retrouvés chez TEN EICK et col [1], dans 50 %, chez MELTZER EO [2] dans 25 % et chez MIKO P [3], dans 22 % des cas. Quant aux antihistaminiques de la deuxième génération, nos résultats ont noté une présence de somnolence chez 60 % des patients, ce qui rejoint les résultats de REITBERG DP et col [4] qui ont trouvé la somnolence diurne chez 71 % des utilisateurs des antihistaminiques de la deuxième génération. Par contre cet effet n’est retrouvé que dans 12,9 % chez BERTRAND B et col [5], dans 9,5 % des cas étudiés par HERMAN D et col [6], et dans 3,4 % chez PACOR ML et col [7]. Cette différence peut être expliquée par la large prescription des antihistaminiques de la première et deuxième génération dans notre contexte, du fait de leur coût réduit accessible à la population marocaine dont la quasi-totalité est de bas niveau socio-économique, ou dépourvu de sécurité sociale.
Pour la nouvelle génération des antiH1, nos patients n’ont déclaré aucune somnolence, ce qui va de paire avec les résultats de JORIS C et col [8], qui ont retrouvé que la nouvelle génération des antihistaminiques est responsable de la somnolence du même degré que le placebo.
En outre, cette variation des données peut être expliquée par la relativité des résultats basée sur des tests subjectifs, ainsi qu’à la différence de la demi-vie des médicaments qui change leur influence thérapeutique du même que leurs effets indésirables.
Notre population motorisée est comptée à 33 %, dont 33,3 % ont eu un accident de la voie publique pendant la durée de leur traitement. Ce qui concorde avec les résultats de PHILIP P [9], qui a retrouvé 20 % d’accident de la route chez des utilisateurs de médicaments diminuant la vigilance notamment les antihistaminiques.
Les pourcentages élevés des conséquences des troubles de vigilance survenus chez les patients de notre série, permettent de poser l’hypothèse de l’existence d’une réelle relation entre l’absence de sensibilisation des patients à l’effet sédatif de ces médicaments et la survenue des accidents de la voie publique. Ceci nous incite à tirer une sonnette d’alarme auprès du personnel médical à propos de leur responsabilité qui ne se résume pas uniquement à l’examen clinique et à la prescription de l’ordonnance, mais aussi à une bonne explication de cette dernière ainsi qu’au conseil médical.
Conseils et Recommandations
Au terme de notre étude, il s’est avéré que la sensibilisation et le conseil des patients après une éventuelle prescription d’un médicament sont négligés, plus particulièrement si le médicament prescrit a un impact sur leurs états de vigilance et pouvant alors engendrer des conséquences néfastes sur leur vie quotidienne.
Donc, l’attention doit être attirée chez tout le personnel médical à la bonne explication de l’ordonnance, ainsi qu’à la sensibilisation aux effets indésirables des médicaments. Une fois celle-ci est réalisée, cela permettra une bonne observance du traitement, une bonne coopération des malades surtout pour certains traitements qui nécessitent un suivi de près, ce qui permet de renforcer la relation médecin malade pour un meilleur résultat thérapeutique.
La sensibilisation des malades peut aussi rentrer dans le cadre de la lutte contre les accidents de la voie publique, et contre les accidents de travail. S’il a été bien expliqué au malade de ne pas prendre la route, et de ne pas utiliser des machines en prenant certains médicaments, cela permettra certainement une réduction des accidents causés par les effets induits par ces médicaments. Or, il est remarqué que le temps consacré à la rédaction et à l’explication de l’ordonnance est le temps le plus court de la totalité de la consultation médicale. Les médecins sont alors incités à donner plus d’intérêt à cette action qui est normalement le résultat de la synthèse et du raisonnement médical. De ce fait, il faut consacrer plus de temps, à bien expliquer le contenu de l’ordonnance aux malades, et leur avertir des éventuels effets indésirables des médicaments prescrits, pouvant avoir un impact sur leur vie quotidienne.
D’autre part, dans le cadre de la sensibilisation aux effets des médicaments auprès du grand publique marocain majoritairement analphabète, d’autres moyens de communication doivent être mis en œuvre. On peut remarquer en l’occurrence l’absence de représentation à l’aide de pictogramme sur les boîtes des médicaments. Ce pictogramme qui indique que le médicament produit une somnolence, et qu’il est déconseillé de conduire ou d’utiliser des machines par le consommateur. En France, Un décret établi en 1999 a modifié le code de la santé publique, en rendant obligatoire l’apposition du pictogramme sur le conditionnement extérieur d’un médicament ou d’un produit susceptible d’altérer la capacité de conduire un véhicule ou d’utiliser des machines. Cette apposition doit constituer un signal d’alerte important incitant le consommateur à lire attentivement la notice, précisément les précautions d’emploi.
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