[ Liste des articles du n° 50 ]
Bilan santé 2010
Le bilan de la Santé en 2010 qui émane théoriquement et en partie du plan stratégique de la réforme de la santé étalé sur 2008-2012 soulève des questionnements sur ses résultats. Déclinons ci-dessous quelques points importants.
L’assurance-maladie obligatoire mise en œuvre en 2005 n’arrive pas à dépasser les 30 % d’adhérents. Le RAMED avait permis de fournir à environ 200 000 habitants une aide financière pour compenser les coûts des soins médicaux. Installé depuis 2007 à titre pilote dans la province d’Azilal, il est aujourd’hui accusé de retard dans sa mise en œuvre généralisée qui reste toujours dans le registre des projets.
Le taux de mortalité maternelle intra-hospitalière a baissé de 10 % (260 décès en 2010 contre 288 en 2008). L’objectif étant de réduire la mortalité maternelle à 50 pour 100 000 naissances vivantes et la mortalité infantile à 15 pour mille naissances vivantes. La baisse déclarée est en partie due à la mise en place de la gratuité de l’accouchement, de la césarienne et du transport entre les structures d’accouchement. Certaines personnalités notamment parlementaires relèvent que l’amélioration déclarée ne concerne que les accouchements intra-hospitaliers. Ils ajoutent que les accouchements continuent, pour une grande partie de la population, de se faire à domicile. Mais sur ce volet, nul moyen de trouver des statistiques. ?
L’un des chantiers concrets reste le volet lié aux infrastructures (redémarrage de 109 établissements de santé ruraux et création de 14 nouvelles structures), à l’équipement et à l’achat de médicament. Applaudissons.
Les médicaments ont connu un début de baisse des prix ce qui constitue une bonne action (création d’une commission dédiée et révision des tarifs de 178 médicaments). Mais il existe une absence véritable d’une politique du médicament. l’accès est toujours limité, l’absence de politique de génériques, de mise à niveau de la réglementation du secteur et il existe un besoin d’assurer la sécurité des citoyens par la mise en place d’un système de pharmacovigilance efficient.
Une autre faille réside dans l’organisation de la maison Santé publique qui se traduit par les disparités –persistantes– entre urbain et rural et tout l’écart existant entre la demande, chaque jour grandissante, et l’offre. Il est évident que la répartition géographique très inégale de l’offre de soins, l’axe Rabat-Casablanca monopolisant 50 % de cette offre et, surtout, un déficit quantitatif et qualitatif en ressources humaines. Les établissements publics de soins manqueraient à ce jour de 7 000 médecins et de 9 000 infirmiers. Deux Autres dysfonctionnements de taille sont l’absence de complémentarité entre l’offre publique et l’offre privée de soins et la prolifération de la corruption et du noir coût toujours dans le secteur.
Dans le registre des faiblesses, il y a lieu de relever la persistance des cas de tuberculose, avec 30 000 nouveaux cas/an, la recrudescence des IST qui touchent surtout les jeunes.
Le virage démographique a fait émerger les pathologies lourdes : maladies cardiovasculaires (première cause de mortalité dans notre pays où 10 millions de Marocains sont hypertendus), cancer (avec près de 40 000 nouveaux cas par an qui sont diagnostiqués).
Le luxe d’attendre est-il permis quand on sait que le budget alloué à la Santé a marqué un bond annuel de 10 % dans les années 2000 et encore un saut de 20 % annuel depuis 2008 avec, pour la première fois, un budget de 11 milliards de dirhams pour 2010 ? Rien n’est moins sûr.
BONNE et HEUREUSE ANNÉES A NOS LECTEURS.
Trois ans après l’adoption de la stratégie santé, les actions majeures attendues se conjuguent toujours au futur.
Pr. Farid HAKKOU
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(c) Repère médical n° 50