[ Liste des articles du n° 3 ]


Recherche en biomédicaments

Les biotechnologies sont un secteur stratégique – d’un point de vue économique et social – à l’échelon international : plus de 50 % des nouveaux médicaments en sont désormais issus, notamment les plus innovants (par exemple insuline, hormone de croissance, facteurs de croissance recombinants, vaccins, anticorps monoclonaux pour le traitement de cancers, de maladies inflammatoires et infectieuses, thérapies cellulaires…) et près de 250 millions de patients dans le monde bénéficient déjà des avancées apportées par les biotechnologies, tant au niveau du diagnostic qu’à celui des traitements. (1)

Les PME de biotechnologie (2 500 dans le monde, dont une majorité aux États-Unis) assurent ainsi le renouvellement du portefeuille de produits de l’industrie pharmaceutique mondiale, tout en contribuant à la création de valeurs et d’emplois. Les ventes de médicaments biotechnologiques, d’un total de 35 milliards de dollars, représentent en 2003 près de 10 % du total des ventes réalisées par l’industrie pharmaceutique mondiale. Quarante pour cent des nouveaux médicaments agréés en 2003 par la FDA sont issus des biotechnologies. (1-2)
Selon les responsables de ces entreprises, une des caractéristiques essentielle de ce secteur est la longueur des cycles de développement des produits et l’importance des investissements nécessaires pour atteindre la profitabilité : il faut de 12 à 15 ans pour développer un nouveau médicament et de l’ordre de 300 à 700 millions de dollars d’investissement. (2)
De fait, moins d’une centaine d’entreprises de biotechnologie dans le monde, sur un total estimé à environ 2 500 en Europe et aux États-Unis, a atteint la profitabilité ! Le cycle de vie d’une entreprise de biotechnologie typique est donc calqué sur celui du médicament : entre la découverte académique qui va motiver le projet d’entreprise, la conclusion d’un accord de licence exclusive avec la « start-up », les trois à six levées de fonds successives auprès d’investisseurs en capital-risque (qui apporteront entre 50 et 100 millions de dollars), la conclusion d’accords de collaboration avec quelques laboratoires pharmaceutiques, l’introduction en bourse et les levées de fonds secondaires sur le marché boursier (entre 50 et 400 millions de dollars) et/ou la cession de l’entreprise, et enfin la mise sur le marché du premier médicament de la société, il se sera écoulé entre 10 et 15 ans. (3)
Ce secteur draine 25 à 35 % de tous les investissements (venture capital, levées en bourse) en hautes technologies au plan international. Mais, l’Europe souffre d’un retard important dans ce secteur. En 2003, les investissements (venture capital et levées en bourse) dans les entreprises de biotechnologie en Europe ne représentaient que 16 % de ceux des États-Unis, et la capitalisation totale du secteur des biotechnologies en Europe ne représentait que 22 % de la capitalisation des entreprises aux États-Unis. La France n’est que troisième en Europe (derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne). (3)
L’ensemble des autres indicateurs (emploi, nombre d’entreprises, investissements dans le secteur, prise de brevets et médicaments mis sur le marché…) reflète cette sous-alimentation financière chronique, explicable notamment par la faiblesse du capital-risque, l’absence d’un marché boursier européen pour les valeurs technologiques de croissance, le faible niveau d’excellence et la faible productivité de la recherche universitaire française. (4)
Il est aisé en effet d’identifier les facteurs qui ont permis l’essor fulgurant des biotechnologies aux États-Unis en 25 ans et de constater que les « clusters » de biotechnologie se sont développés autour d’un tout petit nombre de pôles d’excellence académique. Les 350 sociétés de biotechnologie implantées dans la Silicon Valley se sont développées autour de Stanford University, Berkeley University et de l’Université de Californie San Francisco, véritables « usines » à recherche fondamentale et à Prix Nobel (7 en médecine et chimie), et ont drainé 4 milliards de dollars US d’investissements en moins de 10 ans. On observe la même concentration de matière grise et d’investissements en 2 autres lieux tels Boston (280 entreprises, 2,6 milliards de dollars US depuis 1995 autour de Harvard et du MIT, 12 Prix Nobel de médecine et de chimie en 30 ans) et San Diego (181 entreprises, 2,1 milliards de dollars US d’investissement autour du Scripps et du Salk Institute et de l’Université de Californie San Diego, 4Prix Nobel…). (3)
40 % des NDA « Demande d’autorisation du médicament » délivrées par la FDA en 2003 concernent des médicaments biologiques notamment, auxquels il convient d’ajouter les petites molécules développées avec l’apport de plateformes biotechnologiques ou grâce à la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques provenant des biotechnologies. (1)
Les « start-up » de biotechnologie, soutenues par une recherche académique excellente et très compétitive, ont bénéficié d’une chaîne de financement extrêmement performante, avec des acteurs aguerris : business angels, fonds de capital-risque alimentés par les fonds de pension, analystes et banques d’affaires les accompagnant dans leur introduction en bourse. (3)
L’excellence de la recherche, le Nasdaq et sa chaîne de financement d’amont ont ainsi permis d’installer durablement la suprématie des entreprises aux États-Unis dans ce secteur. Il était donc nécessaire de concentrer les efforts à mener en France et en Europe sur ces quelques facteurs clefs de succès. C’est le sens des mesures adoptées récemment pour favoriser la création et la croissance des entreprises de biotechnologie en France. (5)
En matière de financement de l’innovation, deux excellentes mesures ont été adoptées en France en 2004 : le statut de Jeune Entreprise Innovante « JEI » a permis ainsi, depuis son adoption au 1er janvier 2004, à plus de 500 entreprises d’être exonérées de charges sociales sur les salaires de 5 500 chercheurs et gestionnaires de projets de R & D, pour un montant de 12 millions d’euros au total. Toute JEI, c’est-à-dire toute PME indépendante de moins de 8 ans investissant plus de 15 % de ses dépenses totales en R & D, bénéficie ainsi en France d’un régime de faveur qui la rend très compétitive et donc très attractive pour les investisseurs. Par ailleurs, en septembre 2004, les assureurs-vie ont pris l’engagement de concourir à diriger l’épargne des Français dans les PME innovantes en acceptant d’investir 6 milliards d’euros supplémentaires dans le capital-investissement, ce qui devrait permettre de réalimenter une chaîne de financement aujourd’hui grippée par l’absence de sorties sur le marché boursier. (6)
Reste en effet à créer un marché boursier européen suffisamment liquide et dynamique pour permettre aux investisseurs de réaliser leurs plus-values, ce à quoi travaillent activement, tant la Commission européenne pour l’harmonisation des règles d’élaboration des prospectus d’introduction en bourse, ou encore des règles relatives aux droits de préemption, par exemple, qu’Euronext ou encore les associations représentatives du capital-investissement (EVCA et AFIC) ou des biotechnologies (Europabio, France Biotech). (6)
Reste encore à faire émerger deux ou trois « pôles d’excellence en sciences de la vie et bionanosciences » mariant recherche académique, recherche clinique, recherche privée. La recherche privée (transfert de technologie public-privé, capital-risque, capital-développement, grands groupes, PME technologiques) se concentre en effet autour de quelques pôles d’excellence académique au plan mondial (comme en témoignent par exemple le transfert des centres de recherche de Novartis, Pfizer, Aventis de l’Europe vers les États-Unis, la concentration du capital-risque et des entreprises dans la Silicon Valley autour des universités de Stanford et Berkeley, sur la côte Est autour des universités de Harvard et du MIT et en Angleterre autour des universités d’Oxford et de Cambridge…). (7)
Enfin, pour assurer durablement un leadership franco-européen vis-à-vis du prochain défi biotechnologique et des nanosciences, Les experts du domaine pensent qu’il serait souhaitable de financer un grand projet de recherche structurant franco-européen, un « airbus » des sciences de la vie. Ce pourrait être le cas par exemple avec le « médicament intelligent », micro-implant capable dans 20 ou 30 ans de « diagnostiquer et de traiter », à la confluence des nanosciences et des thérapies cellulaires, ou encore avec un projet permettant à la France de prendre le leadership dans le domaine de la prévention du vieillissement. Un tel projet, d’après les mêmes experts, permettrait de focaliser les énergies vers un objectif majeur de santé publique dont les retombées à court, moyen et long termes pourraient être nombreuses et profondes, tant au plan social qu’industriel. (8)

Le présent article décrit les étapes principales de recherche en biomédicaments et la projection de leur évolution importante dans le domaine thérapeutique dans les six prochaines années. Au Maroc, à l’instar des pays similaires, la recherche en biotechnologie reste futuriste. Les politiques de ces pays doivent être interpelées par cette nouvelle technologie s’ils ne souhaitent pas rester des éternels consommateurs passifs.

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(c) Repère médical n° 3

 

 

 

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