[ Liste des articles du n° 3 ]
Histoire des Antivitamines K Qui dirait que des hémorragies dans des troupeaux de bétail sauveraient des milliers de vies Humaines ?
Les antivitamines K sont parmi les médicaments qui ont rendu un service énorme à l’humanité. Ils ont aussi une histoire originaire réputée être un peu < hasardeuse ! > surtout aux premiers pas de leur découverte. En fait, la recherche sur les AVK est passée par deux étapes historiques séparées, la première en 1920 et la deuxième en 1930.
En 1920, une épidémie d’hémorragies a été observée chez des troupeaux de bétail aux États-Unis et au Canada ayant consommé une plante « trèfle doux » et fut dès lors appelée la maladie obscure du mélilot gaté.
Des études furent entreprises sur cette plante, et ont montré qu’elle contenait une substance qui entraîne l’hémorragie. Cette substance fut isolée, il s’agissait de la bishydroxycoumarine ou dicoumarol. Par la suite elle fut utilisée pour la première fois comme raticide car elle provoquait aussi des hémorragies mortelles chez les rongeurs. [1]
• Dans les années 1930 des biologistes Danois qui étudiaient la synthèse du cholestérol chez le poulet, ont soumis ce volatile à un régime rigoureusement privé de lipides. Au cours de cette expérience ils constatèrent l’apparition d’une maladie hémorragique sous-cutanée. Ils concluaient que le régime privatif contenait un facteur qui empêchait l’hémostase et de ce fait il avait une propriété antihémorragique. Cette substance fut alors isolée et on la nomma la vitamine K, la lettre K venait du nom du chercheur Danois Koagulation.
D’autres recherches précisèrent que ce facteur vitaminique peut être sous la forme huileuse K1 ou cristallisée K2. On reconnaît à ce facteur une action stimulatrice sur la synthèse des facteurs de la coagulation.
La vitamine K1, C31 H46 O2, a été isolée de la luzerne, la K2 à partir de la poudre de poisson putréfié alors que la K3 fut obtenue par un procédé de synthèse. On distinguait ainsi 3 vitamines K :
- la K1 d’origine végétale (Phytoménadione) ;
- la K2 d’origine animale et la K3 d’origine synthétique (Menadiones)
Cette distinction est aujourd’hui superflue puisque la synthèse de la vitamine K1 est devenue possible.
Un chercheur Américain découvrit en 1941 la formule chimique du dicoumarol, l’agent responsable de la maladie dite du « mélilot gaté ».[2].
On constata par la suite que la structure
chimique du dicoumarol était très proche de celle de la vitamine K.
À l’époque de ces découvertes, on était sous l’influence de certaines idées récentes en physiologie microbienne et selon lesquelles une modification parfois légère apportée à la molécule d’une vitamine ou d’un facteur de croissance pouvait aboutir à un produit d’activité inverse.
Le dicoumarol, molécule proche de la vitamine K devait-il être considéré comme une antivitamine K ? La spécificité physiologique très étroite de ce toxique semblait déjà plaider en faveur d’une réponse positive. En effet, l’action du dicoumarol consiste uniquement en la baisse de certains facteurs de coagulation (la prothrombine, la proconvertine, le facteur de Stuart et l’antihémophilique B), c’est-à-dire qu’elle est exactement opposée à celle d’une vitamine K qui stimule ces mêmes facteurs, sans qu’aucune autre fonction physiologique soit atteinte.
Quant à l’antagonisme entre la vitamine et l’anti-vitamine en qui devait résider la clé du problème, fut longtemps discuté. Par la suite des expériences ont été réalisées sur des lapins qui ont subi des intoxications expérimentales aux antivitaminiques K (dicoumarol) : ils ont montré qu’il suffisait de moins de vitamine K, pour rétablir, chez le mammifère intoxiqué, un taux de prothrombine normale au fur et à mesure que le dicoumarol s’éliminait de l’organisme.[3]
Ces expériences ont conduit à utiliser le dicoumarol en thérapeutique comme agent anti-coagulant. Ils ont trouvé grâce à cette propriété leur place dans le traitement au long cours de la maladie thromboembolique.
Leur mécanisme d’action fut précisé par la suite. Ils ont une action indirecte sur la coagulation, ils modifient la synthèse hépatique des facteurs de coagulation vitamines K dépendant. Ils sont administrables par voie orale et présentent moins d’effet immunoallergiques que l’héparine.
Les antivitaminiques K sont d’usage courant dans les pathologies cardiovasculaires. Jusqu’à aujourd’hui, ils ont sauvé des milliers de vies humaines.
Une question reste posée : si le bétail du nord des États-Unis n’avait pas saigné, les AVK auraient-ils pu être découverts ?
la réponse se trouve dans l’adage qui dit :
« A quelque chose malheur est bon »
Dernières Articles en ligne
.:. Haut de la page
(c) Repère médical n° 3