Dernières News

C’est la première fois qu’un membre du gouvernement

Aujourd’hui on compte quelque 320 psychiatres au Maroc

Son Altesse Royale la Princesse Lalla Salma

Une convention a été signée

Le Roi Mohammed VI a procédé à l’inauguration

Le gouvernement français a recommandé

Selon les estimations du rapport Onusida

Le Maroc compte environ 30 000 nouveaux cas de cancer par an.

Le tourisme du troisième âge

Après les spécialistes qui sont allés








 

 

[ Liste des articles du n° 11 ]


Performance en santé

La valeur éthique du "culte de la performance" caractérise à bien des égards société et culture actuelle. La recherche de la performance caractérise en effet largement nos sociétés contemporaines. Or, cette quête n’est pas sans avoir d’importantes conséquences dans le domaine de la santé. Les indéniables progrès qui ont marqué l’avancement des sciences biomédicales dans ces dernières décennies, les importantes améliorations en termes de santé qu’elles ont induites ne sont pas sans causer des dommages, si la recherche de l’exploit ou de la performance à tout prix passe au premier plan.

Dans le domaine proprement médical, des opérations spectaculaires mobilisent des moyens considérables –au détriment souvent d’autres thérapeutiques- pour des résultats contestables ; des espoirs inconsidérés sont suscités par des thérapeutiques aléatoires ; des techniques dites « de pointe » ne concerneront jamais que des populations réduites.

La performance agréée
La recherche de la performance ne saurait bien sûr être mise en cause de façon globale et indifférenciée. Si l’on s’en tient à l’étymologie, per-formare, revient à donner forme, à rendre réel, à quitter le domaine des songes plus ou moins creux pour donner vie concrète à des idées ou à des projets. Dans ce sens, la performance –mise en œuvre de capacités particulières appartient bien à l’essence même de l’homo faber. C’est dans ce sens que l’évaluation par exemple de la performance hospitalière témoigne justement de la recherche des meilleurs indicateurs de qualité en routine.
L’usage du mot en linguistique l’atteste à sa manière : la « performance » revient à mettre en œuvre des « compétences ». Et ces dernières en définissent aussi le champ : pas de performance sans compétence correspondante !
Par ailleurs, le préfixe per- indique que la nécessaire mise en forme ou en œuvre requise par la performance s’inscrit dans une manière de progression, de progrès ou de dépassement. Il n’y a d’homme en effet qui ne cherche à franchir les limites de la condition souvent précaire que la « nature » lui fait, à grandir, à se développer, c’est-à-dire à se dépasser, voire à se surpasser.
Or cela vaut tout particulièrement face à la maladie. Il est ainsi vraisemblable qu’une des caractéristiques fondamentales de l’humanité des humains tient dans leur capacité à surmonter difficultés et obstacles, à aller toujours plus loin, quelles que soient les formes (matérielles, économiques, sociales, culturelles, éthiques, voire spirituelles) de ce dépassement. Mais d’autres éléments constitutifs de la performance en rendent toutefois les effets plus ambivalents.

La performance en question
Tenter de repousser sans cesse des limites peut conduire à finir par les ignorer. Cependant, s’il est bien vrai qu’on ne saurait fixer celles-ci a priori, de façon arbitraire (l’histoire est faite de l’usage devenu banal de ce qui apparaissait hier comme infranchissable), il n’en est pas moins vrai que, fondamentalement, la limite appartient à la définition même de la condition humaine.
Refuser de prendre en compte cette donnée fondamentale constitue un déni de réalité qui ne peut que se retourner contre ceux qui le professent. Le vieux précepte grec, mettant en garde contre l’hybris et la quête effrénée du « toujours plus », garde toute sa pertinence, tant aux niveaux individuels que sociétal. Le dépassement de limites ne peut s’apprécier qu’en fonction d’équilibres qu’il risque de perturber et de compromettre. Dans une nature et un monde de forces en mouvement, ces équilibres se révèlent en effet souvent précaires. Hypertrophier une de leurs composantes et tenter de la pousser aussi loin que possible revient souvent à fragiliser l’ensemble, voire à le rompre et à prendre le risque d’effets inattendus, voire pervers. Ceux-ci entraînent une surenchère et une fuite en avant qui peuvent se révéler dramatiques.
Le culte actuel de la performance est largement lié au développement et à l’emprise de la raison technicienne et instrumentale, tout à fait fondamentale et respectable, sauf lorsqu’elle cherche à réduire la riche palette de l’expérience humaine aux seuls critères de productivité et de rentabilité. Cette réduction appauvrissante à un ensemble de chiffres demandant à être sans cesse optimisés dissout la question du sens et engendre l’envie et l’ennui, relançant dans une course sans fin la quête de records et de succès éphémères. Elle est encore l’occasion de concurrences économiques sévères et de la recherche incessante de gains et de profits. Certes il n’y a pas lieu d’imaginer de pures performances sans supports ou sans impacts économiques, mais il n’est pas acceptable de faire de celles-ci leur instrument ou leur alibi ; les humains qui s’y trouvent impliqués ne sauraient être considérés comme de simples objets instrumentalisés au service d’intérêts financiers. L’éthique ici demande de renoncer à toute naïveté, pour dénoncer les masques et manipulations diverses qui permettent à un tiers de pousser des êtres humains à l’exploit uniquement à des fins d’exploitation de leurs ressources physiques personnelles, sous le feu d’une ampliation médiatique insatiable.
La raison technicienne et économique rejoint encore un rapport "libéral" à un corps que l’on veut débarrasser de toute entrave explicite, mais, en fait, pris au piège d’un idéal de production et de concurrence implicite. Le lien social se distend alors, voire disparaît et cède la place à l’exigence de libre accès à la consommation de droits toujours revendiqués : droits sur son propre corps, sur son apparence, sa jouissance et ses performances.

Performance et santé
Il convient d’évoquer quelques éléments de ce que devrait être « une bonne performance » ; de ce qui pourrait en constituer –sans jeu de mots excessif- la santé. La « vraie » santé est d’abord et toujours marquée d’une manière de complétude, de développement global et, si possible, équilibré et harmonieux. C’est ce qu’indique, malgré son caractère un peu utopique, la définition de l’OMS : « la santé est un état de complet bien être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement dans l’absence de maladie ou d’infirmité ».
Peut-on dès lors évoquer quelques traits fondamentaux de la « bonne » performance dans le domaine de la santé ? Celle-ci doit tout d’abord apporter un bénéfice réel ou une amélioration sensible à la personne directement concernée. Ce bénéfice n’est pas toujours facile à évaluer et implique des critères qui peuvent se révéler contradictoires. Si le principe de « non-nuisance » s’impose en effet, son non-respect peut contribuer à handicaper sérieusement la personne. Or, seule la personne concernée elle-même peut se faire juge des avantages et inconvénients. Encore convient-il qu’elle soit correctement informée, avertie et qu’elle dispose des moyens de se déterminer en connaissance de cause et en conscience, et choisisse ainsi en toute liberté.
La performance ne saurait exister au détriment d’autrui. Le respect d’autrui doit toujours accompagner sa quête, faute de quoi elle apparaîtrait comme "inhumaine" et inacceptable. Or dans la mesure où, comme nous venons de le voir, le spectacle est son lieu de déploiement privilégié.
Comment apprécier les mobiles profonds qui animent le spectacle ? Cherche-t-on à s’élever seul au-dessus des autres et, dès lors, à les abaisser ? Veut-on participer à une entreprise qui revient non à libérer, mais à aliéner autrui ? Non à rassembler, mais à séparer et exclure ? Une performance marquée au fer de la solidarité n’est-elle pas socialement plus acceptable ?
Accomplie au sein du corps social, notamment par le biais des institutions qui l’entourent, la permettent et la présentent, la performance ne saurait être atteinte au mépris des règles élémentaires qui fondent et structurent ce même corps social. Et la concurrence ou la compétition, qui en sont à bien des égards le moteur, n’est acceptable que dans les limites du respect des droits et de la dignité d’autrui.
Enfin, les exploits solitaires, censés ne concerner qu’un seul individu, soucieux de pousser à l’extrême les limites ou les potentialités qui sont siennes, excluent de juger a priori la valeur de son engagement. À deux réserves près toutefois : que l’engagement se fasse en pleine connaissance de cause, produit d’une autonomie éclairée ; qu’il soit pleinement responsable et n’en vienne pas à faire payer, d’une manière ou d’une autre, au corps social tout entier les conséquences néfastes qu’il serait susceptible d’entraîner. On n’atteint en fait jamais seul le stade d’une performance donnée ; dès lors, il ne peut être question de faire acquitter par la collectivité tout entière le prix d’une fantaisie individuelle.

Performance peut être synonyme d’innovation, de prise de brevet, de valorisation de la recherche, tous éléments évidemment moteurs. Mais la question reste celle de la liberté de la recherche qui se verrait contrainte à des retours sur investissement trop rapides et surtout de sa finalité. Une médecine qui ne serait qu’un simple débouché pour un marché toujours plus gourmand au nom de l’innovation, serait au détriment de l’homme. Il est évident que des intérêts financiers majeurs sont à la source du dopage en sport. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans certaines performances médicales ? La recherche de la performance en tant que telle ne peut pas être contestée a priori. L’effort entrepris pour réaliser un espoir ou un rêve et la recherche constante de l’amélioration de conditions de vie jugées insatisfaisantes sont parfaitement légitimes.

Dernières Articles en ligne

 

.:. Haut de la page

 

(c) Repère médical n° 11

 

 

 

Ajouter une annonce  |  Abonnement  |  Depêches  |  Contactez-nous

 
  ©2012 Repère médical   | ADK Media