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Les infections sexuellement transmissibles

Les infections sexuellement transmissibles (IST), anciennement dénommées les maladies sexuellement transmissibles, constituent un véritable problème de santé publique. En effet, elles représentent une cause importante de morbidité dans le monde et entraînent des conséquences qui dépassent largement le cadre de l’inconfort physique ou psychologique des individus qui en souffrent.
D’après les estimations de l’OMS, elles sont responsables de 300 millions nouvelles infections chaque année dans le monde, dont deux régions semblent être les plus touchées : l’Asie du Sud-Est et l’Afrique Subsaharienne. En outre, l’éclosion de la pandémie du SIDA vient amplifier la problématique de ces infections.

Au Maroc, depuis l’instauration de la déclaration des IST, le nombre de cas notifiés accuse une augmentation d’année en année : il est passé de 103 343 en 1992 à presque
378 200 en 2004 (Tableau 1). Les femmes représentent la majorité des cas déclarés (70 %).
Compte tenu de l’importance de la sous-notification, de la fréquence du recours aux soins dans le secteur privé et de l’automédication, le Ministère de la Santé estime l’incidence des IST dans le pays à 600 000 nouveaux cas par an.
La tranche d’âge la plus touchée est celle des jeunes adultes entre 20 et 40 ans, qui sont concernés dans 65 % des cas. Les nombreuses infections sexuellement transmissibles que sont l’urétrite, syphilis, herpès génital, hépatite B ou autres, font le lit du sida et constituent un terrain favorable pour sa propagation. En effet, selon l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida (OPALS), « les IST engendrent des lésions micro-traumatiques inflammatoires au niveau des organes génitaux et constituent une porte d’entrée au VIH ».
Vu l’importance du problème, le ministère de la santé a élaboré un programme national de lutte contre les IST dont l’objectif principal est de réduire les risques de nouvelles contaminations et de formaliser les procédures de dépistage, de traitement et de suivi des malades.

Définition et classification des IST
Les IST constituent un groupe d’infections transmises principalement par contact sexuel entre deux partenaires dont l’un est infecté quel que soit leur mode : génital, oro-génital ou ano-génital.
Par leur mode de transmission, elles touchent aussi bien l’homme que la femme, mais il s’avère à travers des données épidémiologiques et cliniques qu’elles se transmettent plus facilement à la femme qu’à l’homme, du fait de la vulnérabilité de l’appareil génital féminin sur le plan anatomique et physiologique.
Par ailleurs, ces infections sont le plus souvent peu ou pas symptomatiques chez la femme, et elles ont tendance à se manifester à un stade tardif de complications. D’autre part, la transmission verticale des agents infectieux au cours de la grossesse et l’accouchement transfert les problèmes des IST de l’adulte au fœtus et au nouveau-né.
Bien que toutes les IST puissent être prévenues, un traitement curatif n’est pas disponible actuellement pour l’ensemble de ces infections. Ainsi, on classe ces maladies en IST curables et IST incurables (infections à étiologie virale comme le VIH, l’hépatite B et l’herpès).
Les germes qui peuvent être transmis par voie sexuelle sont classés en cinq groupes : les bactéries, les virus, les protozoaires, les champignons et les ectoparasites.
Les principaux IST sont les suivantes : le condylome ou crête-de-coq ou papillomavirus, la chlamydiose, la gonorrhée ou blénnorragie, l’infection à VIH, l’hépatite B, l’hépatite C, l’herpès, le papilloma virus (condylomes acuminés), la syphilis, la trichomonase.

Le tableau clinique (Tableau 2)
Les IST peuvent se manifester par divers symptômes dont les plus fréquents sont : une anomalie de la peau des organes génitaux (ulcération, chancre, condylome), un gène (irritation, douleur…), une démangeaison, des écoulements anormaux ou malodorants inhabituels. Ces symptômes sont souvent, soit très discrets, soit nets. Ces infections provoquent des symptômes au niveau des organes reproducteurs ainsi que sur la peau autour du vagin, du pénis ou de l’anus. Certaines, causent également des symptômes systémiques qui créent d’autres symptômes loin des organes génitaux.

Complications et séquelles des IST
Une IST diagnostiquée précocement et donc traitée rapidement est généralement bénigne et sans conséquence particulière.
Sans traitement précoce et approprié, les IST évoluent vers la chronicité, parfois vers la cancérisation (le cas du papilloma virus). Les complications et les séquelles des IST chez les femmes sont de deux ordres : gynécologiques suite à l’ascension des germes vers le haut appareil génital source le plus souvent d’une stérilité, et obstétricales avec des conséquences graves sur la grossesse (grossesses ectopiques) et sur le nouveau né. La plupart des IST sont transmissibles de la mère au nouveau né pendant la grossesse et au cours de l’accouchement, pouvant lui causer des dommages parfois graves.

La prise en charge syndromique des cas d’IST
Cette approche a été préconisée par l’OMS pour pallier aux insuffisances et limites des approches classiques dans la prise en charge des cas de IST d’une part et d’autre part pour répondre à l’émergence de l’épidémie des IST et du SIDA.
Au Maroc, les algorithmes proposés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont nécessité un travail d’adaptation et de validation pour mieux répondre aux besoins des utilisateurs et aux caractères spécifiques du contexte marocain. Cela a conduit à la réalisation d’une série d’études qui ont fourni des données concernant la perception des symptômes par les patients et leurs attitudes en matières de recherche des soins, les pratiques courantes dans la prise en charge des cas d’IST et la prévalence/incidence locale des IST, l’étiologie des syndromes IST, la validité des algorithmes ainsi que leur acceptabilité.
D’autre part, les médicaments pour le traitement syndromique des IST ont été choisis sur la base d’un certain nombre de critères dont la sensibilité des germes aux antibiotiques ainsi que leur disponibilité.
Trois algorithmes ont été ainsi retenus : algorithmes de l’écoulement urétral, de l’ulcération génitale et des pertes vaginales et/ou douleurs du bas-ventre.
Ces Algorithmes seront soumis à une évaluation régulière pour assurer leur efficacité et prévenir le développement des résistances aux antibiotiques et ce par des études ponctuelles qui seront menées dans différents sites pour suivre la fréquence des germes des IST, suivre la sensibilité des germes aux antibiotiques, évaluer la performance des algorithmes ainsi que de la qualité de la prise en charge des cas de IST.

Lutte contre les IST
Depuis la déclaration du premier cas de sida au Maroc, le ministère de la santé s’est acharné pour lutter contre les IST en général et contre le sida en particulier.
Depuis 1996, l’Association marocaine de solidarité et de développement (AMSED) a conduit un programme d’Appui au secteur associatif pour la lutte contre les IST et VIH-Sida (PASA IST-VIH/Sida) en partenariat avec les associations locales et avec l’appui technique et financier de l’alliance internationale contre le VIH-Sida (ING internationale basée au Royaume Unis). Ce programme a pour mission d’intégrer la prévention contre les IST-VIH/Sida dans les programmes de développement.
AMSED a, dans ce sens, initié depuis 1999 un programme pilote consistant à appuyer les associations de développement marocaines dans l’intégration de la prévention contre les IST/VIH-Sida dans les séances d’alphabétisation destinées aux filles et femmes. Ce programme a pu toucher plus de 256 associations de développement locales.
En effet, plus de 78 750 filles et femmes analphabètes ont pu bénéficier de 64 256 séances de sensibilisation. Le programme a également formé plus de 600 animatrices et animateurs de cours d’alphabétisation.
Le 19 mars dernier, il a eu lieu à Rabat le premier colloque national sur les IST et le rôle des ONG, organisé par la Pan-Africaine de lutte contre le sida au Maroc, où il a été traité la problématique et la stratégie nationale de lutte contre les infections sexuellement transmissibles, les IST chez la femme avec une approche socioculturelle ainsi que l’approche thérapeutique et le rôle que jouent les ONG dans la lutte contre les IST. Des travaux et des ateliers ont été tenus afin d’adopter des stratégies et de dégager des recommandations pour la lutte contre ces infections.
Par ailleurs, un séminaire sur le VIH-Sida et le développement a eu lieu du 23 au 25 mars à Skhirat à l’initiative de l’AMSED, dont les objectifs visent le partage de l’expérience d’AMSED en matière d’intégration de la prévention contre le VIH/SIDA dans les programmes de développement et la sensibilisation des divers acteurs nationaux à l’importance de la coordination. Prenant part à ce séminaire, plusieurs associations nationales thématiques et de développement, des représentants de départements ministériels et des organisations, et ONG internationales (ONUSIDA, FUNAP, PNUD, Alliance Internationale de lutte contre le VIH-Sida et Solidaridad Internationale Andalucia).

Fruit combiné d’une ignorance, d’une inconscience, d’une désinvolture et d’un laxisme général, l’explosion des IST au Maroc est également liée à des croyances socioculturelles erronées.
Certes, les associations ont joué un rôle positif vis-à-vis des populations à risque, exposées ou contaminées, assurant la diffusion de l’information, un soutien, une aide matérielle et physique, soulignant les insuffisances ou les difficultés de prise en charge de certains malades. Néanmoins, ces associations pourraient également élargir leur activité en dehors des populations à risques.
Promouvoir une meilleure prévention, de meilleurs soins et un meilleur contrôle des infections transmises sexuellement tout en optimisant la santé sexuelle et génésique est devenue une urgence capitale vue le nombre croissant de ces infections. De plus, une sensibilisation de la population, plus particulièrement la plus jeune, est une nécessité qui devrait s’intégrer dans le programme même de l’éducation et l’enseignement.
Les mesures de prévention doivent être observées avec la plus grande rigueur d’autant plus que ces différentes infections expriment une évolution naturelle parfois difficile à contrôler.

Bibliographie
1- Maroc : Infections sexuellement transmissibles : Libération mars 2007
2 — Meriem Najeb La situation des infections sexuellement transmissibles et du sida au Maroc. Jeunes du Maroc, novembre 2005
3 – OMS : Les maladies sexuellement transmissibles et les jeunes. Aide-mémoire N°186

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