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Ménopause
Ultime étape de la vie génitale féminine, la ménopause, phénomène naturel, est aussi une période critique et un cap parfois difficile à franchir. En effet, elle ne se réduit pas aux modifications physiologiques qui la définissent mais inaugure, pour la femme, une période de bouleversements qui vont la conduire à un changement d’état physique et psychique mais aussi de statut social.
C’est parce que ces changements nécessitent un effort d’adaptation à la recherche d’un nouvel équilibre que cette étape de la vie de la femme constitue une période de plus grande vulnérabilité physico-psychologique, avec deux conséquences importantes dont la prise en charge est parfois lourde. Il s’agit bien de l’ostéoporose post-ménopausique et les troubles psychopathologiques qui sont classiquement fréquents et posent de véritable problème de santé publique.
En effet, toutes les femmes vivront en ménopause pendant un tiers de leur vie. Les malaises et problèmes de santé, qu’elles subissent durant cette période se répercutent aussi bien sur leur qualité de vie que sur leur santé.
Selon une enquête marocaine réalisée en 2001 par l’AMEM (Association marocaine de l’étude de la ménopause), il y aurait près de deux millions de Marocaines concernées par la ménopause, dont 33 % seulement consultent un thérapeute, et uniquement 4 % ont suivi par un traitement hormonal substitutif pendant une moyenne de 4 mois et demi. Dans 5 ans, du fait de l’augmentation de l’espérance de vie des Marocaines et grâce au développement socio-économique et aux progrès médicaux, On estime le nombre de femmes concernées par la ménopause à 3 millions.
La ménopause concerne presque le tiers de la vie de la femme, ce qui nécessite un accompagnement médical minutieux et des efforts de sensibilisation considérables.
Tableau clinique
La ménopause est une période de crise hormonale riche en symptômes variés.
Les manifestations physiques
La carence ovarienne se traduit essentiellement par l’aménorrhée et des troubles trophiques : les muqueuses génitales deviennent sèches et fragiles, la peau fine et ridée. Des petits signes de virilisassion peuvent s’y associer à type d’augmentation de la pilosité pubienne, d’un duvet superflu de la lèvre supérieure et du menton, d’une voix plus grave etc. On observe aussi une diminution de graisses au niveau des hanches, des fesses, du pubis et des seins.
Le dysfonctionnement hypothalamique est responsable, par ailleurs, de troubles vasomoteurs dont la classique "bouffée de chaleur" présente en moyenne chez 50 % des femmes. Mais la femme peut également souffrir de crampes, de lourdeurs dans les jambes, de céphalées, vertiges, et autres malaises lipothymiques.
Enfin, divers signes de vieillissement s’installent à bas bruit tel une diminution de l’énergie physique et sexuelle et une panoplie d’affections somatiques diverses.
Dans une enquête menée auprès de 100 femmes âgées de 40 à 60 ans, à Casablanca en 1999, a montré que les symptômes physiques les plus fréquemment rapportés étaient comme suit : asthénie (92 %), bouffées de chaleur (75 %), transpiration exagérée (63 %), arthralgies (68 %) et migraine (70 %).
Manifestations psychiques
On a longtemps considéré que la ménopause favorisait voire provoquerait avec une grande fréquence la survenue de complications psychiatriques majeures. On a ainsi décrit des psychoses délirantes aiguës de la ménopause, une paranoïa d’involution, une mélancolie d’involution. Ces conceptions sont aujourd’hui plutôt tombées en désuétude. Les études récentes montrent que le risque de psychose n’est pas accru pendant la ménopause et que celles qui se produisent n’ont pas de caractère particulier.
Il semble que les réactions psychopathologiques les plus spécifiques de la ménopause correspondent à une constellation dépressive modérée sans manifestations anxieuses ou dépressives marquées. Les manifestations les plus communément rencontrées sont représentées par des troubles du caractère à type de nervosité, irritabilité, perte de confiance en soi ; des troubles cognitifs à type de pertes de mémoire et de difficultés de concentration ; des troubles sexuels tels une baisse du désir, dyspareunie et/ou sécheresse vaginale ainsi que des troubles dépressifs et anxieux.
Dans l’enquête susmentionnée, l’utilisation d’outils standardisés de diagnostic de dépression et d’anxiété (HARS, MADRS) a permis d’objectiver des troubles anxieux chez 24 % femmes ménopausées et des troubles dépressifs chez 27 % femmes examinées. Un déclin de l’activité sexuelle était par ailleurs rapporté par 94 % des femmes encore sexuellement actives, imputé à une diminution d’intérêt de leur part ou de celle du conjoint, une dyspareunie ou une sécheresse vaginale. Ces troubles étaient significativement plus élevés chez les femmes mariées, multipares, sans profession, peu scolarisées et sans rapport avec l’existence d’antécédents pathologiques.
Les modifications biologiques
Toutes les manifestations remarquées en post-ménopause sont sans conteste imputables à la privation aux modifications hormonales. En matière de troubles psychiques, l’hypothèse étiopathogénique la mieux argumentée évoque un trouble du métabolisme des neuromédiateurs centraux (sérotonine, ACH) en rapport avec l’arrêt de l’effet modulateur des œstrogènes. Cette théorie est confirmée par l’efficacité établie du traitement hormonal substitutif (THS) tant sur les fonctions cognitives que sur les manifestations dépressives et sexuelles. Il est en effet démontré que le traitement substitutif est non seulement actif sur les troubles du climatère mais également sur la thymie, les fonctions cognitives et notamment la mémoire verbale.
En effet, les œstrogènes agissent sur les neurotransmetteurs impliqués dans la dépression pour en améliorer les symptômes. Mais il est important de noter que l’hormonothérapie seule n’est pas suffisante pour traiter adéquatement une dépression importante. De plus, les œstrogènes stabilisent l’humeur et améliorent la sensation de bien-être. D’autres études ont démontré un effet favorable des œstrogènes sur la mémoire verbale et la capacité d’apprentissage.
En outre, la concentration de l’acétylcholine, neurotransmetteur important pour la mémoire, est augmentée par les œstrogènes. Certaines études affirment même qu’il est possible de réduire l’incidence de la maladie d’Alzheimer.
Toutefois, l’extrême variabilité des manifestations cliniques et de l’évolution de la ménopause montre clairement que la réalité biologique qui est la même pour toutes les femmes ne peut à elle seule rendre compte de la réalité clinique et que les réalités psychologiques personnelle et sociale interfèrent grandement pour en dessiner des tableaux différents.
Les réactions psychopathologiques observées durant la ménopause participent à la fois des modifications physiologiques, du vécu psychologique et du contexte socioculturel.
Prise en charge
Le traitement hormonal substitutif (THS) est la principale solution pour remédier aux effets indésirables de la ménopause. Il consiste à compenser l’insuffisance des sécrétions ovariennes d’œstrogène et de progestérone à court et à long terme. Le THS existe sous différentes variantes permettant aux gynécologues de l’adapter aux particularités de leurs patientes. Toutefois, la prise des hormones accentue le risque du cancer et des complications cardiovasculaires. Les médecins prescrivent donc le THS sur des durées limitées et avec des doses minimales efficaces pour éviter ses effets secondaires. Ils exigent d’ailleurs de leurs patientes des consultations régulières pour garantir la fiabilité du traitement et leur recommandent une hygiène de vie correcte, qui leur permettra de mener une vie normale.
La ménopause constitue un véritable problème de santé publique via le problème de l’ostéoporose post-ménopausique en premier et les manifestations psychosociales en second lieu, dont la prise en charge de leurs conséquences est de plus en plus coûteuse. Par conséquent, il est essentiel d’informer largement la population féminine tout d’abord sur ce qu’est la ménopause et ses répercussions médico-psycho-sociale ; ensuite, sur la nécessité d’un suivi médical régulier et d’éviter l’automédication avec des produits qui n’ont pas apporté leurs preuves d’efficacité et d’innocuité ; et enfin, de les inciter à consulter et à choisir avec leur médecin traitant entre les différents traitements médicaux possibles celui qui convient le mieux à leur état.
Références
1 — Najia Hajjaj-Hassouni Quelles ostéoporoses au Maroc ? Synoviale, octobre 2003, N° 124
2- Douki S, Nacef F, Bouzid R, Choubani Z. Les conséquences psychosociales de la ménopause : réalités, symboles et mythes. Méd. Magh. N69, sept 2005
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