[ Liste des articles du n° 10 ]
Déficit iodé
L’iode est présent dans le corps humain en très faible quantité de l’ordre de 15 à 20 mg chez l’adulte. Son seul rôle est de constituer un élément indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes qui interviennent dans le métabolisme cellulaire, dans la croissance et en particulier dans la maturation du cerveau.
Un déficit en iode aura pour conséquences un déficit en hormone thyroïdienne, et alors un ralentissement des fonctions métaboliques cellulaires, mais surtout une altération du développement intellectuel.
Au fait, le déficit en iode représente un problème de santé publique qui concerne un milliard et demi d’individus dans le monde, dont 20 millions ont un retard mental secondaire. Plusieurs études ont suggéré que la mortalité infantile est plus élevée en cas de déficit en iode dans une population, et la supplémentation en iode du nourrisson déficient a été associée à une réduction de cette mortalité.
Également au Maroc, malgré une évolution favorable au cours des dernières années, la malnutrition persiste toujours dans des proportions inquiétantes, et elle est responsable d’une grande partie de décès évitables et de morbidité associée. Les carences en iodes constituent en effet un des problèmes majeurs de santé publique. Ainsi, la prévalence moyenne de la carence en iode chez les enfants âgés de 6 à 12 ans est estimée à 22 %, et représente l’une des principales causes évitables d’arriération mentale.
Cycle de l’iode dans la nature/sources et besoins en iode chez l’homme
L’eau de mer est le réservoir terrestre de l’iode à la surface du globe. La teneur en iode de l’atmosphère et de l’eau de pluie diminue en s’éloignant des côtes. L’iode présent dans le sol est entraîné vers les rivières par les eaux de ruissellement et les fontes glacières. Les régions les plus pauvres en iode sont donc les zones montagneuses et les régions éloignées des océans.
La principale source en iode est représentée par les aliments. Les plus riches sont les fruits de mer, les poissons de mer, les œufs, alors que les viandes, les fruits et les légumes en sont relativement pauvres.
Les apports quotidiens recommandés ont été établis avec précision : 40 microgrammes/jour pour le nourrisson, 70 à 90 pour l’enfant, 150 pour l’adolescent et l’adulte, 175 pendant la grossesse et 200 pendant l’allaitement.
Diagnostic d’un déficit iodé
Pour étudier le statut en l’iode d’une population, on peut évaluer la fréquence du goitre qui constitue le stade ultime de la carence en iode. En effet, une région géographique est considérée comme zone de goitre endémique lorsque plus de 10 % des enfants de 6 à 1 2 ans en sont porteurs.
Les dosages sanguins d’hormones thyroïdiennes ainsi que la mesure d’iode dans les urines précisent le diagnostic.
• Troubles liés à la déficience iodée.
Lorsque l’apport en iode est insuffisant dans une population, apparaissent des anomalies de la fonction thyroïdienne, puis un goitre, une diminution de la fertilité, une augmentation du taux d’avortement et de la mortalité périnatale.
Le goitre endémique constitue l’aspect le plus spectaculaire de la carence en iode, atteignant environ 300 millions d’individus dans le monde. Cette hypertrophie thyroïdienne est due à une sécrétion accrue de TSH par l’hypophyse qui stimule les cellules thyroïdiennes, mais incapables de sécréter correctement des hormones thyroïdiennes en l’absence d’iode. Le crétinisme endémique toucherait plus de 3 millions de personnes dans le monde. Il s’agit de sujets nés et vivant dans une zone de goitre endémique atteints d’un retard mental irréversible avec hypothyroïdie sévère, petite taille, trouble de la marche et quelquefois surdité et strabisme. Cette hypothyroïdie permanente ayant débuté pendant la vie fœtale ou la période néonatale.
Plus récemment ont été mis en évidence les déficits en iode modérés se caractérisant sur le plan clinique par une fatigabilité, une frilosité, une diminution du taux des hormones thyroïdiennes dans le sang.
Traitement préventif de la carence en iode
L’enrichissement en iode des sels destinés à la consommation humaine est la méthode la plus simple pour prévenir les désordres liés à la carence iodée. L’iode est le plus souvent apporté sous forme d’iodure de potassium, mais l’iodate de potassium lui est préféré dans les régions humides en raison d’une plus grande stabilité.
L’efficacité et le coût modeste de cette prévention sont bien connus. Une supplémentation orale d’iodure ou iodate de potassium périodique (bimensuelle ou mensuelle) s’est également avérée efficace pour la correction du déficit en iode chez les enfants d’âge scolaire. S’il n’est pas possible d’enrichir en iode le sel, le pain ou les eaux de boisson, le recours à une supplémentation sous forme d’huile enrichie en iode lentement résorbable, administrée par voie orale ou intramusculaire pourrait être tenté. Ce traitement préventif comporte néanmoins des effets indésirables à type d’allergie à l’iode, d’intoxication par dose massive d’huile iodée pouvant entraîner d’éventuelles complications cardiaques.
La distribution gratuite de capsules d’iode et l’utilisation de sels iodés n’ont pas encore d’effet spectaculaire. L’utilisation de diffuseurs d’iode dans les puits apparaît pour certains la meilleure solution.
Coût économique du déficit iodé au Maroc
D’après l’étude de 2001 nationale qui a été réalisée au niveau des ménages et qui a concerné une population cible de 1 594 enfants d’âge scolaire de 6 à 12 ans, elle a retrouvé un taux de goitre endémique de 22 % chez ces enfants dont 78,9 % vivaient dans des régions où la prévalence est supérieure à 30 %. Ceci signifie l’existence de zones à haute prévalence où le degré de gravité des conséquences de la carence en iode peut être classé comme " sévère " (crétinisme, handicaps mentaux et moteurs). Une étude réalisée en 2 002 conjointement par le ministère de la santé et l’UNICEF, montre que le taux de crétinisme au Maroc est de 0,616 %, alors que le taux des légers handicaps mentaux et moteurs est de 1,84 %.
Cette situation met le Maroc parmi les pays où la sévérité de la carence en iode est dite "modérée" avec des régions à haute prévalence. Ces chiffres confirment le caractère endémique du goitre et montrent l’existence d’autres troubles liés à la carence en iode comme l’hypothyroïdie à l’origine du retard mental chez les enfants, les déficits moteurs et les retards de développement.
La répercussion de la baisse du QI sur la productivité et le PIB national estimé en 1993, permet de conclure que la carence en iode coûte au pays l’équivalent de 0,243 % du PIB en perte de productivité, soit 605 millions de Dirhams par an.
Dans un rapport de L’UNICEF, la carence en iode coûte au Maroc l’équivalent de 1,029 % du PIB en vies perdues, soit 2 722 millions de Dirhams par an. Elle coûte également au pays l’équivalent de 0,038 % du PIB en déperditions scolaires soit 94 millions de Dirhams par an, et l’équivalent de 0,168 % du PIB en prise en charge des crétins et des léger handicap mentaux et moteurs (LHMM) soit 266 millions de Dirhams par an.
Ainsi, la carence en iode coûte au pays 1,48 % du PIB en termes de perte de productivité, de mortalité infantile, de déperditions scolaires et de prise en charge des crétins et de LHMM. Ce sont 3,7 milliards de Dirhams qui ont ainsi été perdus (en 1993) pour le développement du pays à cause d’une carence en iode.
Toujours d’après l’étude de l’UNICEF et en utilisant les données de l’année 2000, une simulation a été réalisée et les calculs ont donné un coût total estimé à 1,30 % du PIB de l’année 2000, en termes absolus c’est une perte de presque 4,6 milliards de DH contre 3,7 milliards de DH en 1993, soit une différence de 900 millions de DH.
Lutte contre le déficit iodé au Maroc
Les réglementations imposant aux industries d’ioder le sel n’ont été promulguées qu’en 1995, mais en règle générale les entreprises ne s’y conforment pas.
En 1999, le Ministère de la santé et l’UNICEF ont réalisé une enquête nationale auprès des enfants en âge scolaire et ont constaté des carences en iode atteignant 42 %, et dans certaines régions des villages entiers souffrent de goitres par carence iodée. Par conséquent, dès l’année 2000, le programme national de lutte contre les troubles dus à la carence en iode (TDCI) du Ministère de la Santé a décidé d’établir un nouveau plan d’action pour relancer ses activités. Le Programme de coopération 2002-2006 devait assister le ministère dans le développement et la mise en place du nouveau plan stratégique national, et notamment de la composante communication. Une stratégie de communication ciblant les décideurs, les producteurs de sel et le grand public a été élaborée et les outils de sa mise en œuvre sont en cours de production. Un travail de plaidoyer a permis de modifier la loi réglementant la commercialisation et le contrôle du sel et d’obtenir une réduction de la taxe d’importation sur l’iodate de potassium et la mise en œuvre de la campagne de sensibilisation sur l’utilisation du sel iodé.
En effet, en raison de l’ampleur de ce problème et de son impact économique, social, et humain et en partenariat avec l’UNICEF, plusieurs actions ont été menées au Maroc jusqu’à maintenant : distribution de capsules d’huile iodée dans les provinces les plus touchées, publication du décret relatif à l’iodation du sel destiné à l’alimentation humaine, dotation des principaux producteurs de sel en équipements d’iodation et formation des techniciens du ministère de la santé et du ministère de l’agriculture (Répression des fraudes) sur le contrôle du titrage du sel iodé et formation du personnel des unités de production sur l’iodation, ainsi que des campagnes d’Information, d’éducation et de communication.
La généralisation de l’utilisation du sel iodé est loin d’être atteint aujourd’hui et ce problème demeure posé malgré les efforts consentis en matière de réglementation et d’investissement. La lutter contre le déficit en iode au Maroc demeure une des priorités du ministère de la santé publique, étant donné la souffrance physique et psychique, la perte de productivité, la perte de vies, les déperditions scolaires, et les frais de prise en charge engendrés par le déficit en iode.
Fœtus Avortements
Augmentation de la mortalité périnatale
Crétinisme endémique neurologique
Crétinisme endémique myxœdémateux
Nouveau-né Petit poids de naissance
Goitre
Hypothyroïdie
Enfant et Augmentation de la mortalité infantile
adolescent Goitre
Hypothyroïdie congénitale ou acquise
Retard de développement physique
et mental
Adulte Goitre et ses complications
Hypothyroïdie, notamment gravidique
Retard mental
Hyperthyroïdie iatrogène (iode)
Références
1- Philippe Reinert. L’iode Développement et Santé, n°152, avril 2001
2- Abdelmounaim Aboussad. Les carences en iode au Maroc. Santé Maghreb. Mai 2003
3- Ministère de la Santé, UNICEF : Impact Economique de la Carence en Iode au Maroc. 2001.
4. UNICEF : Analyse de la situation des enfants au Maroc. 2001 ; Pages 53 — 102
5 — Royaume du Maroc. Note sur la protection sociale ; Rapport No 22486-MOR, décembre 2002
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