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Histoire de la corticothérapie
Les corticoïdes sont des médicaments dont la découverte a bouleversé le traitement de certaines maladies. Ils sont considérés à l’heure actuelle extrêmement efficace et irremplaçable.
En effet, sous ce terme général qu’est "cortisone", le chef de fil des corticoïdes, a réuni 11 hormones appelées plus clairement les corticostéroïdes dérivés tous du cholestérol. À l’origine, le cortisol est une hormone normalement synthétisée par les glandes surrénales, elle-même contrôlée par l’hypophyse. La cortisone et ses dérivés sont soit "naturels" issues à partir du cortisol, soit fabriqués de manière synthétique et transformés ensuite par le foie en cortisol.
Les corticostéroïdes synthétisés artificiellement possèdent donc une structure chimique ressemblant à celle des hormones naturelles fabriquées par les glandes surrénales.
Le tout début commença en 1 855 par les observations anatomo-cliniques de Thomas Addison attirant l’attention sur la pathologie des surrénales. Quelques années après, sur des arguments expérimentaux Brown-Séquard a pu affirmer que "les corticosurrénales sont essentielles à la vie".
De multiples essais thérapeutiques ont été tentés avec les extraits de cortisone pour traiter l’insuffisance surrénale, pour enrayer son évolution fatale mais sans résultats au début. Ces extraits n’étaient médicalement utiles.
Pendant la seconde guerre mondiale (1940-1945), les Américains et les Allemands ont mené une course effrénée pour fabriquer ce qu’ils croyaient être une drogue qui permettrait à leurs soldats, et particulièrement aux aviateurs, d’être insensibles à la fatigue. Cet espoir ne s’est pas réalisé, mais d’autres effets spectaculaires ont, peu après la fin de la guerre, défrayé la chronique, lorsque les chercheurs américains sont parvenus à produire une forme médicalement utile de cortisone.
La découverte de la désoxycorticostérone, dont le mérite revient à T. Reichstein en 1939, assura la survie des addisonniens. La mise à la disposition des cliniciens de la cortisone en 1950 a constitué un progrès thérapeutique en l’associant à la désoxycorticostérone. Ces importantes découvertes étaient couronnées par l’attribution du Prix Nobel de physiologie et de médecine en 1950 à deux biochimistes : E.C. Kendall et T. Reichstein pour leurs travaux sur les hormones corticosurrénales et à un rhumatologue P.-S. Henck pour l’utilisation thérapeutique de la cortisone. Depuis 1951, la qualité des produits dérivés de la cortisone s’est nettement améliorée, et grâce aux progrès scientifiques, la cortisone est obtenue par synthèse chimique grâce aux plantes. Celle-ci est d’ailleurs beaucoup plus puissante que la cortisone naturelle extraite des glandes surrénales de bœufs. Plus tard, tous les autres corticoïdes de synthèse étaient de 4 à 10 fois plus puissants que les corticoïdes naturels avec une amélioration nette de la tolérance et augmentation de la demie vie par adjonction de quelques radicaux sur la structure chimique de base de la cortisone. Cependant, leur prescription à doses élevées s’était révélé prédisposer à des conséquences parfois fâcheuses sur certaines fonctions de l’organisme.
Des patients initialement très invalidés par leur polyarthrite rhumatoïde (PR) ont vu leur vie quasiment transformée par quelques doses de ce médicament. Parmi eux, se trouvait le célèbre peintre français Raoul Dufy invité à traverser l’Atlantique pour bénéficier de ce traitement « miraculeux ». Auparavant, sa maladie avait progressivement abîmé ses articulations au point de le rendre incapable d’exercer son art. Après deux ou trois doses de cortisone, il s’est senti renaître à la vie ; ses douleurs ont été grandement améliorées de même que sa mobilité, et il a pu reprendre son travail de peintre. Il a même dédié à ce médicament un tableau intitulé « la cortisone ». Au fait, les doses élevées utilisées initialement semblaient même avoir, outre l’effet anti-inflammatoire, une action sur la maladie rhumatismale elle-même, en ralentissant notamment l’évolution des érosions articulaires démontrables sur les radiographies.
Par ailleurs, médicament phare de la pharmacopée sportive au cours des années soixante et 70, la cortisone avait été plus ou moins abandonnée lorsqu’on s’aperçut des ravages que provoquait son utilisation prolongée dans un but de dopage.
La corticothérapie est ainsi devenue le traitement de référence de la plupart des maladies inflammatoires. Son usage pour traiter les infections sévères était une pratique courante jusqu’au milieu des années soixante-dix. En 1974, une revue systématique de la littérature concluait que cette pratique ne reposait sur aucune évaluation rigoureuse d’efficacité et de tolérance dans maintes indications. Plusieurs essais thérapeutiques contrôlés, randomisés, ont alors été conduits pour évaluer l’efficacité et la tolérance des corticoïdes administrés à fortes doses pendant de courtes périodes ou administrés à faibles doses pendant de plus longues périodes (opothérapie substitutive). Les résultats de ces nouvelles études ont conduit à un regain d’intérêt pour la corticothérapie dans plusieurs pathologies aiguës et chroniques, et ont permis d’élargir son spectre d’activité au choc septique dépendant des catécholamines, aux œdèmes cérébraux post-traumatiques ou post-chirurgie, aux leucémies…
Depuis sa commercialisation, la cortisone est utilisée en cas d’inflammation, d’allergie et dans le traitement des greffes. Dans ce dernier cas, elle agit sur les défenses immunitaires pour protéger l’organe greffé et diminue ainsi les risques de rejet. Davantage, la cortisone est autorisée pendant la grossesse. Elle existe sous différentes formes pharmaceutiques élargissant ses indications : en comprimé, en spray dans le cas de l’asthme, en pommade pour les maladies de peau ou encore en perfusion, pour certaines maladies comme les leucémies ou les poussées de sclérose en plaques. La corticothérapie reste une arme thérapeutique majeure dans la prise en charge de multiples pathologies actuelles.
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