[ Liste des articles du n° 10 ]


Diagnostic d’une dépression

La dépression se manifeste par une multitude de signes qui varient selon la personne et les moments. En d’autres termes, les symptômes sont assez divers. Néanmoins, de grandes constantes se retrouvent. Pourtant, leur diagnostic peut être difficile, en particulier à cause de symptômes physiques masquant les symptômes émotionnels. Par conséquent, elle est souvent sous-diagnostiquée et sous-traitée.

En effet, le diagnostic de dépression est établi soit sur les plaintes énoncées par le patient (tristesse, fatigue, idées noires, perte d’appétit, troubles du sommeil…), sur les éléments rapportés par l’entourage qui indiquent un changement, voire une rupture dans le caractère et le comportement, soit sur les répercussions sociales engendrées par ce changement (baisse des performances sociales, moindre intérêt aux événements familiaux).
Le principal risque est de confondre symptômes dépressifs, très fréquents selon les aléas de la vie, et maladie dépressive.

Les grands symptômes de la dépression
Les altérations de l’humeur
Elles recouvrent l’humeur dépressive, présente pratiquement toute la journée, presque tous les jours, signalée par le sujet ou observée par les autres. Éventuellement une irritabilité chez l’enfant et l’adolescent. Les pertes de l’intérêt et du plaisir à faire les choses sont aussi des signe de l’altération de l’humeur. Ces symptômes émotionnels peuvent se manifester par des crises de larmes, une hyperémotivité mais aussi à l’inverse par une abrasion émotionnelle. Ils sont à l’origine d’une douleur morale intense.

L’anxiété
Elle est quasiment constante, accompagnant les symptômes émotionnels, et d’intensité variable.

Les symptômes cognitifs
Dans ce domaine, se retrouvent les sentiments de culpabilité et d’auto-dévalorisation, les troubles de la concentration, de l’aptitude à penser ou à prendre des décisions, la fatigabilité et le ralentissement psychique.

Les idées suicidaires
Les idées noires et les pensées de mort (idées suicidaires, plans ou tentatives de suicide) accompagnent fréquemment les symptômes précédents.

Les symptômes physiques
Une perte ou un gain de poids, en l’absence de régime, des variations de l’appétit, des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), une agitation ou un ralentissement psychomoteur, une baisse de la libido, une fatigue, ou une perte d’énergie peuvent accompagner la dépression, tout comme des douleurs de dos, des migraines…

Diagnostic positif
Clinique
Le trouble dépressif fait partie des troubles de l’humeur tels qu’ils sont définis dans des consensus qui font références tel le DSM IV ou le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux.
En effet, les 9 critères diagnostiques de la dépression sont classés en critères spécifiques et non spécifiques. Pour affirmer le diagnostic de dépression, la présence d’au moins 5 critères est nécessaire dont au moins 2 dans les critères spécifiques, doivent avoir été présents pendant une même période d’une durée de deux semaines et avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur.

Critères spécifiques
• Humeur dépressive
• Pertes d’intérêt ou de plaisir pour les activités
• Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée
• Idées suicidaires récurrentes
Critères non spécifiques
• Troubles du sommeil : insomnie ou hypersomnie
• Agitation ou ralentissement psychomoteur
• Troubles de l’appétit augmenté ou diminué avec perte ou gain de poids
• Difficulté de concentration
• Fatigue ou perte d’énergie

Paraclinique
À l’heure actuelle, il n’existe pas de signes paracliniques susceptibles de valider le diagnostic de dépression. Cependant, un bilan psychologique, dans un milieu spécialisé sachant pratiquer des tests d’efficience et de personnalité dans des conditions standardisées, peut mettre en évidence des aspects psychologiques dépressifs (tristesse, ralentissement, pensées négatives…).
Ainsi, il existe une panoplie de tests psychologiques validés destinés pour poser le diagnostic d’une dépression lorsque le diagnostic n’est pas évident pour quantifier la gravité de la pathologie en fonction du score obtenu.
D’autres examens paracliniques restent du domaine de la recherche tels les tests neuroendocriniens qui selon de nombreuses études, semblent être perturbés chez 50 % des déprimés en dehors de toute endocrinopathie. L’IRM fonctionnelle peut montrer une hypoactivité ou l’hyperactivité de certaines zones cérébrales. L’EEG de sommeil permet un enregistrement continu durant le sommeil et permet de déceler une modification de l’architecture du sommeil : un raccourcissement de la latence d’apparition des phases de sommeil paradoxal et/ou une diminution de la durée totale de ce sommeil paradoxal, y compris chez les déprimés ne ressentant pas de trouble du sommeil.

Les Pièges du diagnostic
Certains troubles et affections masquent, provoquent, accompagnent une dépression ou lui ressemblent :
• Le trouble bipolaire ou maniaco-dépressif
Comme son nom l’indique, ce trouble se caractérise par une alternance de phases euphoriques et dépressives. Seules leur intensité et leur durée permettent au médecin de diagnostiquer la maladie.
• Les troubles liés aux dépendances
Les addictions à l’alcool, aux drogues ou à certains médicaments sont des troubles bio sociaux marqués par des périodes de rémission et de rechute. Elles sont susceptibles d’entraîner un isolement du patient et des douleurs physiques. Alors que les symptômes sont partiellement similaires à la dépression et la prise en charge du patient est différente.
• L’affection organique
Un patient atteint par exemple d’hypothyroïdie ou d’une tumeur cérébrale peut présenter un état de fatigue et d’irritabilité prolongé dû à sa pathologie.
• Les problèmes émotionnels
Un décès, une rupture professionnelle ou sentimentale sont autant de facteurs de risques de dépression.
• Le stress post-traumatique
Suite à un événement grave (incendie, prise d’otage…), le patient réagit tel une personne atteinte de dépression. Il souhaite éviter les contacts sociaux et s’isole.
• La démence
La démence se définit par la perte des facultés intellectuelles suite au vieillissement. Elle peut parfois mimer des symptômes de dépression.
• La dépression masquée
Dans ce type de trouble, les plaintes sont essentiellement physiques.

Cas particuliers
Dépression chez le sujet âgé
Il faut souligner que de nombreux troubles physiques ou métaboliques peuvent se présenter exactement comme une dépression majeure, en particulier chez les patients âgés. Un état dépressif causé par de l’anémie ou un trouble thyroïdien nécessite un diagnostic et un traitement médical appropriés, mais non des antidépresseurs. La dépression peut aussi être un effet indésirable de certains médicaments, en particulier chez les sujets âgés qui prennent de nombreux médicaments. En réalité, tous les troubles dépressifs ne doivent pas nécessairement être traités par des antidépresseurs.
Dépression infantile
La dépression chez l’enfant est une souffrance fréquente, bien que souvent masquée par des troubles du comportement. Elle est donc relativement méconnue, et peu d’études lui ont été consacrées. La sémiologie est variée, avec troubles de l’humeur, auto dépréciation, comportement agressif, troubles du sommeil, modification des performances scolaires, changement d’attitude à l’école, diminution de la socialisation, plaintes somatiques, perte de l’énergie habituelle, modification de l’appétit ou du poids…
De la naissance à 2 ans, le petit déprimé est abattu, le regard éteint, qui s’isole et reste indifférent à l’entourage. Le bébé n’a pas les manifestations d’éveil et de jeu propres à son âge. Il présente des mouvements de balancement ou d’auto stimulation, déclare une anorexie ou une insomnie. Les grandes acquisitions psychomotrices sont retardées, ainsi que plus tard l’acquisition du langage. Au long terme, une les symptômes s’atténuent mais la personnalité s’élaborera avec des troubles déficitaires et une évolution dysharmonique.
Entre 2 ans et 6 ans, l’enfant a déjà la parole. Les manifestations s’en trouveront plus variées. Si on observe encore des symptômes dépressifs, on aura aussi des attitudes de lutte, avec perturbation du comportement à type d’agitation, d’agressivité, d’auto stimulation prolongée, de masturbation. Il y aura alternance de quête affective et d’attitudes de refus, de colère. Apparition des troubles de l’acquisition sociale, grande difficulté à s’autonomiser, somnolence diurne, trouble du sommeil ou de l’appétit, énurésie…
Pour l’enfant plus grand, entre 6 ans et 13 ans, on distinguera encore mieux les deux pôles de la symptomatologie avec d’une part les symptômes directement liés à la dépression (auto dépréciation, souffrance morale…) et d’autre part ceux liés à la protestation et à la lutte (troubles du comportement, colère, vols, mensonges…).

Dépression saisonnière
La dépression saisonnière ou "trouble affectif saisonnier" est une forme de dépression qui se manifeste surtout en automne et en hiver, quand les jours raccourcissent et que la luminosité diminue.
La dépression débute le plus souvent à l’automne avec une diminution des symptômes vers la fin de l’hiver ou au début du printemps.
Une des caractéristiques de cette forme particulière de dépression est son aspect saisonnier qui se répète année après année.
Dans les nombreux articles qui traitent de ce sujet, on retrouve aussi parfois les expressions "déprime hivernale", "Winter blues" ou "bleus de l’hiver".
Les travailleurs de nuit ou les personnes qui travaillent ou qui vivent dans un endroit peu ou mal éclairé peuvent aussi en souffrir, même en été. Généralement, les femmes sont plus touchées que les hommes par ce type de dépression, mais les enfants et les adolescents peuvent aussi souffrir de ce problème.
L’amplitude des difficultés saisonnières peut varier d’une personne à une autre. Pour la personne qui souffre de dépression saisonnière, c’est un soulagement de savoir que le problème n’est plus assimilé à un défaut de caractère, mais à une perturbation de la chimie du cerveau.

La dépression pendant la grossesse
La période postnatale est un moment où les femmes sont plus susceptibles de souffrir d’une dépression. Il s’agit d’un fait bien établi et les statistiques ont montré que 10 % des femmes enceintes souffriront de dépression.
Le diagnostic de la dépression chez une femme en post-partum repose sur la survenue de troubles d’humeurs, des sentiments et des comportements troublants survenant presque tous les jours pendant deux semaines et que cette situation nuit à sa capacité à prendre soin d’elle-même et de son nouveau né.

En définitive, l’impact de la dépression sur la qualité de vie des malades et de leur entourage est considérable. Pour la personne déprimée, la vie quotidienne et ses habituelles contraintes deviennent usantes et insurmontables, d’autant que les symptômes de la dépression peuvent produire un cercle vicieux.
Les médecins généralistes prennent en charge la grande majorité des patients dépressifs et assurent 70 % des prescriptions d’antidépresseurs. C’est pour cela qu’il faut qu’ils soient plus attentifs vis-à-vis de leurs patients et rechercher la cause des plaintes multiples. En cas de difficultés diagnostique ou thérapeutique, il serait dans leur devoir d’adresser le patient chez un psychiatre pour complément diagnostic et prise en charge adéquate.

References :
1 — Pierre Chevalier « Outils pour un diagnostic de la dépression en médecine générale ». La Revue de la Médecine Générale n° 241 mars 2007, 146 -150*
2 — Bernard Groulx « Le diagnostic et le traitement de la dépression chez le sujet âgé » Consultations, vol. 1, no 2, septembre 1994, p. 1, 4 et 5.
3 — Prise en charge ambulatoire de la dépression chez l’adulte Urcam Ile de France, septembre 2005

 

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