[ Liste des articles du n° 10 ]
La revalorisation des professions de la santé
Il est connu de tous, ou du moins dans la profession médicale et les instances gouvernementales, que l’état d’encadrement sanitaire de la population reste en deçà des normes établies par l’organisation mondiale de la santé : un médecin pour 2000 habitants, un infirmier pour 1 000, un lit pour 950 habitants et une pharmacie pour 10 000. Ces chiffres se révèlent encore plus bas pour le milieu rural. Ce faible encadrement est en grande partie responsable des mauvaises performances sanitaires du pays, la mortalité infantile à 40 par 1000, la mortalité maternelle à 228 par 100 000. Certes, ces performances ont connu ces 20 dernières années un redressement mais elles restent insuffisantes. D’autres pays à niveau socio-économique similaire se trouvent mieux placés sur le plan sanitaire. C’est le cas de la Tunisie, la Jordanie et le Liban pour ne citer que ceux-là.
Cependant, il y a lieu de souligner un grand paradoxe dans le secteur privé. Plusieurs cabinets, pharmacies et quelques cliniques connaissent des difficultés financières. D’ailleurs la presse et les syndicats de la profession ont enregistré plus de 1 200 cas de litige aux tribunaux concernant les jeunes médecins nouvellement installés qui n’ont pas pu honorer leur traite dans le cadre du crédit jeunes promoteurs, il en est de même pour les pharmaciens qui n’arrivent pas toujours à honorer leur traite à temps vis-à-vis des grossisteries. Environ une dizaine de cliniques serait au bout de la faillite financière. Les causes désignées seraient dues à la fois au faible pouvoir d’achat de la population et aussi à cause du manque de rigueur dans la gestion.
Dans le secteur public, il est connu qu’il existe un déséquilibre entre les ressources humaines d’un côté et les ressources matérielles de l’autre. Autrement dit, les médecins sont disponibles dans les hôpitaux mais ils ne disposent pas toujours de moyens matériels pour travailler. Cela vient du fait que le budget de la santé connaît une progression beaucoup plus importante dans le budget du fonctionnement (les salaires) que dans le budget d’équipement. Dans certaines contrées rurales, il existe des exceptions voire des situations inverses : disponibilité des infrastructures sanitaires et absence de ressources humaines, c’est le cas de certains centres de dialyse à Ouarzazate, à Errachidia, à Bouarfa ou de bloc opératoire à Tiznit, à Ifrane, à Zagora ou de plateau technique ophtalmique à Figuig.
Par ailleurs, les médecins marocains en formation en Europe, au Canada ou aux Etats-Unis ont tendance à rester (à raison ?) dans ces pays. Le comble est que le Canada recrute officiellement par l’intermédiaire de son ambassade les jeunes médecins marocains fraîchement sortis de l’Université.
Devant ce tableau dramatique, il y a urgence de procéder à un plan de revalorisation de la profession médicale et pharmaceutique et à la mise à niveau de structure sanitaire dans le pays de manière à assurer une offre de soin qui peut répondre aux maximums de demandes. Ce plan doit faire intervenir à la fois des facteurs économiques : l’emploi, sociaux : l’élargissement de l’Assurance maladie obligatoire, le rééquilibrage de la carte sanitaire : distribution équitable des infrastructures et des ressources humaines sanitaires dans les pays et assurer des revenus décents aux professionnels de la santé quelque soit leur catégorie.
Pr. Farid HAKKOU
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(c) Repère médical n° 10