[ Liste des articles du n° 4 ]
La rage tue encore chez nous !
Bon nombre de pays industrialisés ont pu éradiquer cette maladie, tel le cas de la France qui s’est déclarée indemne de rage par arrêté du Ministère de l’Agriculture en avril 2001.
Au Maroc, malgré l’institution du programme national de lutte contre la rage depuis 1986, on enregistre encore une forte incidence. En effet celle-ci s’évalue à une vingtaine de cas de rage humaine enregistrés chaque année et ce chiffre est resté stable depuis 1992. 79 % des cas proviennent du milieu rural. La population pédiatrique représente plus que la moitié des cas. Le sexe masculin est touché dans plus de 70 % des cas. L’animal mordeur est représenté principalement par le chien.
Le premier plan national de lutte contre la rage a connu un véritable échec. Déployé en 1986 et étalé sur 10 ans, il prévoyait des mesures de prophylaxie sanitaire et médicale, l’abattage des chiens errants et la vaccination des chiens à propriétaires, accompagnées de mesures de sensibilisation et de formation. Mais, ce plan n’a pas abouti comme a déclaré la division de
santé animale du ministère de l’Agriculture. Ces actions se sont diluées vers 1995. Une évaluation a été faite en 2001 et a montré que l’abattage des chiens errants et semi-errants faisait peur aux propriétaires qui n’osaient pas amener leur chien se faire vacciner. En outre, l’abattage massif augmentait le taux de renouvellement de la population canine puisqu’il favorisait les migrations de chiens vers d’autres régions. D’autre part, le nombre de centres antirabiques était insuffisant pour couvrir tout le territoire national et il reste toujours insuffisant (près de 150 aujourd’hui). La classique source d’échec était représentée par un déficit de coordination interdépartementale.
Sur cette base, les trois départements, dont la coordination revisitée a nécessité une nouvelle circulaire interministérielle en 2003 pour bien redéfinir les prérogatives, ont décidé de reprendre la même démarche du premier plan, avec beaucoup plus de rigueur afin de garantir plus de sécurité pour la population, ainsi qu’une énorme campagne de sensibilisation pour le démarrage du plan a été envisagée. Ce programme a été renforcé en août 2004 suite à la déclaration d’un cas de rage exporté vers Bordeaux en France, avec l’intensification du contrôle et du traitement et la généralisation, au niveau du Royaume, de la vaccination gratuite.
En 2005, 12 cas de rage animale ont été diagnostiqués contre seulement 10 en 2004, alors que le nombre de chiens capturés et euthanasiés dans la métropole est passé de 6 000 en 2004 à 8 000 en 2005. Les chiffres de 2006 ne sont pas encore communiqués.
En septembre 2006, suite à la mort d’un petit enfant mordu par un chien errant à l’arrondissement de Sidi Moumen de Casablanca, et à l’inquiétude de la population de voir d’autres chiens vagabonds s’attaquer à leurs enfants, les autorités locales ont décidé de lancer une nouvelle campagne de ramassage de chiens sans maître. Depuis, plusieurs dizaines de chiens errants ont été ramassées par la fourrière. Cette campagne a été aussi l’occasion de rappeler la réglementation de faire vacciner les chiens ayant un propriétaire au moins contre la rage, le tenir en laisse sur la voie publique et avoir une carte d’identité de l’animal, d’autre part d’assurer le ramassage des chiens sans propriétaire pour être euthanasiés par les autorités publiques. Par ailleurs on continue de parler de rage marocaine exportée en France par les chiots de notre pays.
Cette situation de présence rabique effraye la population et menace le tourisme et l’image de marque du pays. À quand un programme d’éradication de ce fléau nocif ?
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