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Le risque de l’autoritarisme dans le système de santé du Maroc

La régulation du système de santé du Maroc bénéficiait depuis le 7 janvier 2 007 d’une convention associant le Ministère de la Santé, l’Agence Nationale d’Assurance-maladie et les Sociétés médicales savantes du Royaume. Les référentiels d’optimisation du rendement des prestataires médicaux représentent le principal objet de l’accord établi. Le reste, c’est-à-dire la mise en œuvre et le suivi du processus qui s’en suit s’inscrit explicitement dans la compétence de chacun des signataires de la dite convention de sorte qu’on puisse conférer à celle-ci la valeur d’un atout d’intérêt national, l’unique risque vraisemblable se rattachant à l’incompétence et/ou à l’autoritarisme de l’une ou de l’autre des parties en présence. Mais comment se présente la phase initiale de l’accord ci-dessus ?

Pour les sociétés savantes du Maroc, la tâche est envisagée sous l’angle de deux validateurs du savoir, l’une académique et l’autre socio-économique et même culturelle.
La première validation est motivée par le devenir universel de la médecine. Ce devenir s’inscrit, il faut le souligner, dans l’élan de l’accroissement exponentiel des savoirs et des mutations sociales. La résultante des évolutions consiste en la progression simultanée de la demande et des besoins de santé, des coûts des soins et de la tendance à la contractualisation de la presse en échange financière de ceux-ci.

Et il va de soi que cela débouche sur la transformation de la médecine en une pratique régie, d’abord et avant tout, par la notion de solvabilité. La suite, c’est-à-dire les effets d’un tel devenir, s’exprime sur le terrain doublement. D’une part, la déstabilisation induite par les nouvelles conditions de l’offre de soins se solde par l’enfoncement dans la précarité sanitaire surtout des populations vulnérables. D’autre part, l’augmentation vertigineuse des dépenses de santé se conjugue à des questions d’ordre social et/ou politique, et amène à poser la notion de régulation en des termes plus ou moins congruents. Ces termes sont, à titre indicatif, les références médicales opposables, les lignes directrices, les consensus, les protocoles, les méta analyses, le service médical rendu, la médecine fondée sur les preuves etc.…

Rien de ce qui est proposé ne permet ni de réduire les dépenses ni de corriger les disparités sociales et spatiales d’accès aux soins.
Tout converge par contre pour dérouter la science. Et c’est ceci qui justifie la nécessité d’une validation académique des propositions de conduite à tenir en médecine, quelle que soit leur source.
La deuxième validation pertinente retenue par les sociétés savantes du Maroc dans l’élaboration des référentiels médicaux est motivée par deux faits : Le premier se déduit des ressources de santé disponibles et mobilisables financièrement (5 % d’un PIB de l’ordre de 1 500 $/habitant/an) et le second de la vulnérabilité croissante du tissu socio-économique, d’une part, et de l’accroissement des déficits d’accès aux soins, d’autre part. C’est ce qui apparaît à travers le nombre des assujettis de l’AMO (moins de 30 % de la population générale) et de la modestie des prestations couvertes par celles-ci, à titre démonstratif. De sorte qu’on puisse faire de l’établissement de référentiels socio économiquement réalistes et réalisables l’autre mission des sociétés savantes du Maroc.

Les médecins du Royaume sont déjà engagés dans la voie qui vient d’être schématiquement présentée. Le chantier ouvert est en fait antérieur à la signature de la convention citée ci-dessus. L’unique nouveauté consiste en la probabilité de coordination et de partage des charges entre le Ministère de la Santé, l’ANAM et les Sociétés savantes. Aucun triomphalisme n’est toutefois autorisé tant que les signataires de l’accord n’expriment pas dans leur comportement leur strict respect des compétences et des responsabilités de chacun.

Aucun triomphalisme n’est en fait autorisé tant qu’une instance responsable de la gestion du volet administratif, comme l’ANAM, se comporte comme « Haute autorité sanitaire » en ignorant que celle-ci n’est reconnue nulle part dans le monde.
La chance du Maroc, il faut le signaler avec force, est de disposer de médecins capables d’être des prestataires sociaux. Et c’est cette chance qu’il convient de mettre à profit dans l’intérêt de la nation.

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(c) Repère médical n° 9

 

 

 

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