[ Liste des articles du n° 9 ]


Référence/génériques : Mise au point

Une spécialité générique s’entend de celle ayant la même composition qualitative et quantitative en principes actifs, la même forme pharmaceutique et dont la bioéquivalence avec la spécialité de référence est démontrée par des études appropriées de biodisponibilité.
Les différentes formes pharmaceutiques orales à libération immédiate sont considérées comme une même forme pharmaceutique. Par ailleurs, la définition du médicament générique admet qu’un médicament sous forme comprimée puisse être générique sous forme de gélule, pourvu que la bioéquivalence soit démontrée. Enfin, la composition en excipients peut être différente, à condition que ceci n’affecte pas la bioéquivalence. De même, les différents sels, esters, éthers, isomères, mélanges d’isomères, complexes ou dérivés d’un principe actif sont considérés comme un même principe actif, sauf s’ils présentent des propriétés sensiblement différentes au regard de la sécurité ou de l’efficacité. Dans ce cas, des informations supplémentaires fournissant la preuve de la sécurité et de l’efficacité des différents sels, esters ou dérivés d’une substance active autorisée doivent être apportées.

Lorsque des excipients à effet notoire peuvent différer, ceci devrait être dûment mentionné dans la notice d’information du prescripteur et du patient. La présence d’excipients à effets notoires n’est pas propre aux seuls médicaments génériques, ils peuvent aussi être présents dans les spécialités de référence et leur présence est signalée également dans les notices destinées aux patients.
Ainsi, un générique peut ne pas être la copie conforme du princeps en termes de forme, couleur, taille, ce qui peut être source de confusion. Toutefois, ce risque de confusion peut être minimisé par un circuit adapté de prescription et de dispensation des génériques.
Si la substitution de la spécialité générique à la spécialité de référence est applicable, il n’en demeure pas moins que le prescripteur peut exclure la substitution pour des raisons particulières tenant au patient, par une mention expresse portée sur la prescription.
Cas particuliers des produits génériques en solution qu’on injecte directement dans le sang et des médicaments à usage local tels les pansements gastriques, les antiseptiques intestinaux, les décongestionnants ou les produits dermatologiques, ces produits nécessiteront de prouver plutôt leur équivalence thérapeutique et leur bonne tolérance.

Équivalence référence/générique
La démonstration que le médicament générique présente un profil pharmacocinétique superposable au médicament princeps appelée « bioéquivalence », permet d’assurer qu’un générique présente les mêmes propriétés de sécurité et d’efficacité que le produit princeps. L’identité des propriétés pharmacocinétique s’évalue par le paramètre de biodisponibilité. Par ailleurs, l’intervalle toléré de bioéquivalence allant de 80 % à 125 %, résulte d’une ligne directrice de l’agence européenne du médicament (EMEA) fondée sur un consensus scientifique. Cet intervalle peut être réduit par raison de sécurité lorsque le principe actif présente une marge thérapeutique étroite ou qu’il est de maniement thérapeutique complexe.

Autorisation de mise sur le marché (AMM) des génériques
L’AMM des médicaments génériques repose sur les mêmes méthodes d’évaluation que celles appliquées à l’ensemble des médicaments. En conséquence, la demande d’AMM des médicaments génériques doit être documentée par toutes les données qui permettent d’évaluer et de garantir leur qualité, leur efficacité et leur sécurité d’emploi. De ce fait, le dossier pharmaceutique doit réunir tous les éléments permettant de justifier de la qualité du médicament, notamment son origine et spécifications des matières premières, les méthodes de fabrication et de contrôle du produit fini. La reproductibilité de cette qualité d’un lot à l’autre est indispensable, avec une validation des méthodes de fabrication et de contrôle, ainsi que le maintien de cette qualité grâce à des études de stabilité. En outre, les dossiers pharmaceutiques des spécialités génériques sont soumis aux mêmes degrés d’exigences et de précisions que ceux des spécialités de référence.
En effet, le développement pharmaceutique du médicament générique doit justifier de la similarité du médicament générique à la spécialité de référence par des études comparatives des compositions, des caractéristiques physico-chimiques, et pharmacotechniques. Davantage, le critère d’efficacité et de sécurité du produit sera essentiellement documenté par la démonstration de la bioéquivalence du médicament générique à la spécialité de référence.

Réglementation des génériques :
cas de la France
La réglementation communautaire permet à une agence nationale faisant partie de l’Afssaps, qui estime être en présence d’un enjeu de santé publique, de décider de l’AMM d’une spécialité générique dans le cadre d’un comité après étude approfondie du dossier, puis le cas échéant de la soumettre à l’arbitrage du comité européen des médicaments humains.
Par ailleurs, pour les produits qui ont été autorisés, la surveillance se poursuit par plusieurs actions : la réalisation d’inspections, de contrôles en laboratoire et les obligations de pharmacovigilance.
Ainsi, un programme d’inspection sur les lieux de développement et de fabrication a été instauré en 1999. Ce dernier permet de contrôler la qualité de l’ensemble des médicaments génériques, de vérifier leur respect des bonnes pratiques de fabrication, la conformité des dossiers de lots et des opérations réalisées au dossier d’AMM et, le cas échéant, les conditions de réalisation des essais de bioéquivalence.

En complémentarité avec les activités d’évaluation et d’inspection, l’Afssaps effectue également dans ses laboratoires depuis 1999 un contrôle continu des médicaments génériques disponibles sur le marché afin de vérifier la qualité du principe actif, les performances pharmaceutiques du produit fini telle la dissolution et la mise à disposition, ainsi que la conformité à ses spécifications. Les derniers résultats, publiés séparément par l’Afssaps, témoignent d’un niveau de qualité satisfaisant et en progrès.
Par ailleurs, les obligations de pharmacovigilance s’appliquent à tous les médicaments, princeps comme génériques. Il s’agit principalement pour les exploitants de médicaments de signaler les effets indésirables graves, de conserver les informations détaillées relatives aux effets indésirables, de transmettre un rapport périodique actualisé des informations relatives aux effets indésirables ainsi que toutes les informations utiles à l’évaluation des risques et des bénéfices liés à l’emploi du médicament. L’exploitant doit également assurer la communication immédiate auprès de l’Afssaps de toute interdiction ou restriction imposée par les autorités compétentes d'États dans lesquels le médicament est présent sur le marché. Toute information nouvelle qui pourrait influencer l’évaluation des bénéfices et des risques du médicament concerné doit également être portée à la connaissance de l’Afssaps.

C’est dire que les obligations en matière de pharmacovigilance s’imposent aux firmes aussi bien pour les médicaments génériques que pour les médicaments princeps. L’Afssaps s’attache à en vérifier la mise en œuvre non seulement à l’occasion d’inspections régulières des sites, mais aussi dans le cadre d’inspections spécifiques de pharmacovigilance qu’elle entend développer, notamment pour veiller au respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur mais également pour renforcer la qualité des systèmes de pharmacovigilance. Ces inspections concernent les exploitants de médicaments génériques au même titre que les exploitants de médicaments princeps.
En outre, certaines spécialités présentant des enjeux particuliers du point de vue de la surveillance du risque peuvent, le cas échéant, faire l’objet de « plans de gestion des risques », contenant des mesures de suivi renforcé et une information poussée, et qui s’impose à tous les exploitants concernés.
Dès lors que la spécialité est identifiée comme un médicament générique, elle fait l’objet d’une inscription au répertoire des groupes génériques. Ce répertoire a pour intérêt de lister pour un même médicament de référence, l’ensemble des spécialités génériques qui ont été évaluées comme présentant les critères d’efficacité et de sécurité. Le répertoire des groupes génériques présente les spécialités incluses dans chaque groupe générique, en précisant leur dosage et leur forme pharmaceutique. Les groupes génériques sont regroupés par principe actif désigné par sa dénomination commune et par voie d’administration. Le répertoire des groupes génériques indique, pour chaque spécialité, sa dénomination, le nom du titulaire de l’AMM et, s’il diffère de ce dernier, le nom de l’entreprise ou de l’organisme exploitant la spécialité, ainsi que, le cas échéant, les excipients à effets notoires qu’elle contient. Surtout, ce répertoire des groupes génériques énumère, tous les excipients à effet notoire en déclinant pour chacun d’eux leur signalement ainsi que les effets notoires susceptibles d’y être associés. Ces informations sont d’ailleurs accessibles sur le site Internet de l’Agence européenne afin de fournir aux médecins et aux pharmaciens toutes les informations propres à permettre une substitution dans des conditions de sécurité optimales.

Au Maroc
Les médicaments génériques constituent l’instrument privilégié de l’exercice de la concurrence, en permettant une réduction significative des prix. Au Maroc, leur pénétration est restée limitée jusqu’à une période récente (voir graphique 1 et 2), mais le développement d’une industrie du générique pourrait jouer un rôle important dans la maîtrise des dépenses de santé.
La décision de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) d’autoriser l’importation des médicaments génériques, ouvre de nouvelles perspectives pour l’accès aux soins au meilleur prix.
Un autre aspect que soulève l’entrée des médicaments génériques dans les pharmacies est incarné par les économies d’échelles que peuvent glaner les mécanismes de prévoyance sociale. De même l’assurance maladie rembourse beaucoup plus les médicaments génériques que le princeps ayant un coût plus élevé.

Le ministère de la Santé et les pouvoirs publics ont tout intérêt à encourager le médicament générique. Cependant, les intérêts des laboratoires ne coïncident pas toujours et forcément avec ceux du consommateur. L’État est ainsi appelé à jouer son rôle de régulateur. Il est de son rôle de permettre une meilleure visibilité pour les praticiens et les officines surtout devant la multiplication des génériques d’un même médicament princeps. Un guide en la matière ne peut-être que le bienvenu.
Références
1 – Innocuité et efficacité des médicaments génériques, L’Association canadienne de médicament générique, Décembre 2006
2 — Les génériques, une fausse réponse à l’accroissement des dépenses de santé. Annale des Mines, fév 2003 ; P 62-66
3 — Tarik QATTAB. Dr Biadillah : Ne pas condamner l’innovation. Aujourd’hui le Maroc, janvier 2004
4 — Une double chance pour le Maroc. Maroc Hebdo International Maroc, Février 2003

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