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Histoire du furosémide
Découvert en 1957, par Les Drs Muschawek et Hajdu, le furosémide fut le deuxième diurétique sulfamidé après le chlorothiazide, découvert lui 2 ans auparavant en 1957 par des Américains. Depuis, plusieurs études chez l’animal ont été menées jusqu’en 1962 où des experts en néphrologie ont pu tester ces produits chez des patients œdémateux. Il ne faillait que quelque mois pour que les cliniciens s’aperçoivent la puissance du furosémide qui dépasse largement l’autre diurétique américain.
En fin 1963, conscient de la valeur scientifique du produit, Dr Werner Schmidt, Directeur des recherches cliniques de la firme Hoechst présenta tous les résultats décisifs d’une large investigation clinique concernant ce diurétique. La réunion s’est tenue les 5 et 6 décembre 1963 à Bad Hombourg, assemblant une centaine d’experts venus de 13 pays. Les résultats présentés révélaient que des centaines de malades avaient pu être traitées de l'œdème aigu du poumon, dans la minute qui suit l’injection IV de furosémide. Le malade qui suffoquait respire mieux, son cœur semble libéré, une émission d’urine apparaît dès la 15ème minute et dure 2 à 3 heures. L’eau et le sodium qui avaient envahi les poumons se retirent progressivement. Pour la première fois dans l’histoire de la médecine, la traditionnelle saignée est substitué un médicament, sauvant la vie par la simple injection de 2 ml d’un liquide incolore. Pour toutes les autres formes de rétention d’eau et de sel et qui ne présentaient pas le même tableau clinique dramatique, l’administration de comprimés était suffisante. Et là intervient une longue discussion sur le fait d’adapter le dosage à l’objectif clinique. Les cliniciens souhaitent des comprimés apportant plus que les 25 mg qui leur avaient été jusque-là proposés. La décision était alors prise, de commercialiser le furosémide en comprimés dosés à 40 mg.
Outre la rapidité de son action, furosémide se distinguait de tous les autres diurétiques connus à l’époque, par une activité puissante particulièrement chez des malades réfractaires aux autres diurétiques. Il suffisait d’élever les doses pour obtenir la réponse diurétique recherchée et cela sans risque d’une toxicité rénale.
C’est après son succès en usage clinique que les études expérimentales redémarrèrent leur recherche sur le mécanisme d’action propre du furosémide et les physiologistes du rein pratiquant la microponction tubulaire définirent ainsi le site d’action du furosémide et l’opposèrent à ceux du salyrgan et du chlorothiazide. En effet, le furosémide agit exclusivement au niveau de "l’anse de Henlé" des tubules rénaux où il inhibe la réabsorption du chlore et du sodium, les diurétiques mercuriels interviennent sur le proximal alors que l’action du chlorothiazide porte exclusivement en aval, sur le tube distal. Ces différences apparemment anodines, se révèlent d’une portée considérable, expliquant à elles seules le profil d’activité différent des trois diurétiques ou bien des deux diurétiques non mercuriels et conditionnant leur emploi.
Le furosémide, rapide et puissant était destiné d’abord à traiter les œdèmes. Il suffisait de faire varier les doses dans des limites parfaitement codifiées pour arriver au résultat thérapeutique. Le chlorothiazide, par son action douce et prolongée, serait préféré pour le traitement de l’hypertension artérielle commune, notamment chez le sujet âgé et ce avec une dose standard la plus faible possible.
Dès lors, le médicament phare de Hoechst, est devenu l’œuvre de ses médecins et de ses laboratoires. Mais sa vraie aventure n’a fait que débuter car d’emblée, il était mondialisé.
Son lancement avait bénéficié d’une information pharmacologique doublée d’un effort de communication reposant sur une brochure et surtout sur une préparation approfondie des délégués médicaux qui remettait à chacun de leurs interlocuteurs le "Livre d’Or", rapportant l’avis des experts.
En 1966, au cours d’un symposium international les résultats d’une administration de très fortes doses de furosémide entraînant une reprise de la diurèse chez des malades en état d’anurie sans risque néphrotoxique était considérée conne un progrès manifeste dans la vie de ce diurétique. Néanmoins, un problème apparaît au cours des présentations, celui de l’apparition de troubles de l’audition, d’autant plus graves que les patients avaient souvent été traités par des antibiotiques ototoxiques. Ceci avait motivé la réalisation de nombreux essais à la recherche de la dose maximale tolérée. Et en 1972, suite à une session internationale, la dose maximale chez l’insuffisant rénal ainsi que dans les œdèmes réfractaires était bel et bien déterminée ainsi que les autres conditions qui permettent l’administration du médicament à fortes doses dans les meilleures conditions d’efficacité et de sécurité. Ensuite, apparaissaient de nouvelles présentations du furosémide, celles des comprimés à 500 mg et d’ampoules à 250 mg, réservées au seul circuit hospitalier vu le risque de déshydratation massive du patient.
En 1975 un immense regain d’intérêt pour l’utilisation des médicaments diurétiques à faibles doses dans le traitement de l’hypertension a vu le jour. Encore une fois, de nombreuses études étaient lancées, et dans les années 80, du furosémide dosé à 20 mg a été mis sur le marché, suivi peu après d’une forme spéciale d’action prolongée. Cependant, il faut reconnaître que le choix de cette dose a été pragmatique et basé avant tout sur l’expérience clinique.
Ainsi, 20 ans après sa découverte, le furosémide est devenu le numéro 1 mondial des diurétiques avec une part de marché qui atteint 17,2 %.
D’autres diurétiques de l’anse ont été découverts mais que peuvent des concurrents devant une telle gamme de présentations qui vont de 20 à 500 mg et les coûts d’étude pour mettre au point d’aussi nombreuses formes pharmaceutiques apparaissent disproportionnés pour des chances de réussite commerciale très aléatoires. Il n’est donc pas étonnant que bien peu de laboratoires se soient lancés dans une telle aventure, beaucoup préférant attendre que le brevet tombe dans le domaine public.
Une fois le brevet Hoechst expira, une lutte commerciale contre les génériques du furosémide se développa. Mais, la concurrence s’est basée uniquement sur le prix. Or, Hoechst s’est décidé de se battre contre ces copieurs en rachetant des sociétés génériques.
Ainsi, le furosémide est devenu plus qu’un médicament, un outil de la connaissance, l’un de ceux qui ont créé une interface active entre les chercheurs fondamentalistes et les cliniciens, unis pour une recherche qui est celle de l’espérance de vie ; c’est là peut-être que réside le miracle de sa jeunesse.
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