[ Liste des articles du n° 9 ]


La dépression, une maladie grave

Tout le monde, par moments, éprouve le cafard ou la tristesse. C’est normal. Mais si ces émotions s’intensifient, persistent pendant plus que quelques semaines et commencent à nuire aux activités quotidiennes, elles signalent peut-être une dépression. L’encouragement, l’exercice, les vitamines ou des vacances, quelle qu’en soit la mesure, ne peuvent pas mettre fin à la dépression, car la dépression est une maladie et non une faiblesse. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) évalue qu’en l’an 2020, la dépression sera la deuxième cause mondiale d’incapacité à faire face aux activités quotidiennes et/ou au travail, même qu’elle aura la toute première place dans les pays émergents ; elle sera alors le second contributeur d’importance au coût global des soins de santé. La dépression peut toucher les hommes et les femmes de tout âge, sans égard à leur éducation, leur situation économique ou leur statut social. Le taux de prévalence de la dépression est alarmant. On estime que 5 à 12 % des hommes et 10 à 20 % des femmes ont un épisode dépressif notable à un moment de leur vie. Chaque année 15 % des personnes dépressives ou maniaco-dépressives se donne la mort.

Les personnes atteintes d’une dépression doivent vivre avec ses effets 24 heures sur 24. Par contre, en milieu de travail, elles s’efforcent de masquer leur maladie. La peur d’être réprimandées, renvoyées ou stigmatisées parce qu’elles ont la « mine basse » les empêche d’obtenir de l’aide.
Certaines personnes se tournent vers l’alcool ou la drogue. Malheureusement, un beaucoup trop grand nombre de personnes croit encore qu’on peut se guérir soi-même par la simple maîtrise de ses émotions. Les mystérieuses « journées de maladie » peuvent irriter la famille et les collègues et, dans certains milieux de travail, aboutir à un renvoi. Une fois la dépression identifiée, le traitement peut réussir chez 80 % des gens atteints et ces derniers peuvent alors reprendre leurs activités normales.
En réalité, une dépression non traitée peut durer des mois ou même des années. Une personne peut devenir tellement repliée sur elle-même qu’elle ne peut même pas sortir du lit. Se sentant isolées de leur famille, de leurs amis et de leurs collègues de travail et incapables d’obtenir de l’aide, 15 % des personnes atteintes de dépression grave se suicident.
Conséquences générales de la dépression
La dépression occasionne des répercussions dans les différentes sphères de la personne que ce soit à son travail, dans la famille, dans les relations interpersonnelles. Il est donc important d’y porter une attention. Malheureusement, beaucoup de gens ne sont pas diagnostiqués ni traités. Cela peut être dû à un manque d’information ou à une crainte face à cette maladie et aux préjugés qui entourent la santé mentale. Mais une dépression non traitée risque de perdurer plus longtemps. Et comme la dépression amène des sentiments négatifs, un manque d’espoir, la personne atteinte souffre beaucoup émotionnellement. Cette souffrance et détresse peuvent mener au suicide, dans environ 15 % des cas.

Conséquences professionnelles
50 % des cas de dépression occasionnent des arrêts de travail, parfois de plusieurs semaines. Ceci est corrélé à la sévérité des symptômes. Pour ceux qui continuent à travailler, une diminution de productivité, une augmentation des conflits avec les supérieurs sont rapportées.
Plus de 40 % des déprimés auraient des difficultés professionnelles, pouvant conduire jusqu’au licenciement. Les conséquences professionnelles de la dépression peuvent persister après la fin de l’épisode, avec une moindre progression statutaire au sein de l’entreprise ou de l’administration.

Conséquences familiales et personnelles
Les relations avec la famille sont altérées lors d’un épisode dépressif. Les capacités d’écoute, d’adaptation et de soutien diminuées, l’émergence de symptômes tels qu’anxiété, irritabilité, anhédonie (perte de la capacité à éprouver du plaisir), sont de nature à générer des conflits. L’altération de la sexualité du fait de la maladie ou des traitements perturbe les relations de couple. On a relevé une augmentation du taux de divorces quelques années après un épisode dépressif.
Un rétrécissement des relations sociales et une tendance excessive à éviter les situations stressantes de toute nature, sont parfois observés à distance d’un épisode dépressif résolu.
L’impact d’un épisode dépressif parental sur les enfants ne doit pas être méconnu, pouvant être générateur de troubles du comportement avec difficultés scolaires.

Les coûts socio-économiques globaux de la dépression
Les coûts socio-économiques de la dépression sont considérables, non seulement pour le système de santé, mais aussi pour la société dans son ensemble, et représentent environ 1 % du produit intérieur brut (PIB). La majeure partie des coûts économiques de la dépression se fait sentir en dehors du système de santé. Selon de nombreuses études internationales, la perte d’emploi, l’absentéisme et les congés de maladie, la diminution de la performance professionnelle, la perte de possibilités d’activités récréatives et la mort prématurée représentent de 60 à 80 % de l’ensemble des coûts de la dépression.
Ainsi, une étude sur la charge économique de la dépression menée au Portugal en a estimé le coût à environ 102 millions d’euros dont 80 % étaient dus à une perte de la productivité au travail. En tout, cette perte était équivalente à 50 % du budget de la sécurité sociale portugaise.
Au Royaume-Uni, l’ensemble des coûts de la dépression chez les adultes a été évalué à 15,46 milliards d’euros dont seulement 636 millions concernaient les soins directs.
Aux États-Unis, les dépenses annuelles totales associées à la dépression atteindraient 100 milliards d’euros dont 69 % représentent les pertes d’emploi et les décès prématurés. L’hospitalisation constitue le poste le plus important des dépenses de santé, dont elle représente 50 % dans des études américaines et britanniques, et 70 % dans des études italiennes.

L’absentéisme et la diminution de la performance professionnelle
Les coûts substantiels encourus par les employeurs de personnes atteintes de dépression et de troubles dépressifs sur le lieu de travail sont bien documentés. (Il convient de noter que ces personnes évitent de faire diagnostiquer leur dépression par crainte d’être classées parmi les malades mentaux. Par conséquent la plupart des problèmes dépressifs sont désignés sous le terme de stress). La dépression nécessite des congés de maladie plus longs que les autres problèmes de santé professionnelle et engendre également un plus grand nombre de demandes d’allocations d’invalidité ou de maladie. Selon une étude, près de 20 % des demandes effectuées sur une période de deux ans concernaient ce type d’allocations, 2,5 % de la main-d’œuvre souffrant d’au moins un épisode dépressif de courte durée. Les faits semblent indiquer que les employeurs encourent des coûts beaucoup plus élevés pour les femmes qui ont plus tendance à être en congé pour dépression, bien que la durée moyenne de leurs congés de maladie soit en général plus courte que celle des hommes.
En Allemagne, on a estimé qu’en 2002, la dépression aurait causé la perte de 18 millions de journées de travail, ce qui représente pour les employeurs un coût d’environ 1,59 milliard d’euros, alors qu’au Royaume-Uni, le Health and Safety Executive (Administration de l’hygiène et de la sécurité du travail) situe cette perte entre 5 et 6 millions de journées de travail. Selon une autre étude britannique visant à évaluer les coûts du temps de travail perdu pour cause de dépression, celle-ci aurait causé en 2000 la perte de 109,7 millions de journées de travail et 2 615 décès.
Dans toute l’Europe, on attribue les départs en retraite anticipée et les pensions d’invalidité principalement à des problèmes de santé mentale.
La plupart des estimations sont sans doute prudentes car elles ne tiennent pas compte des coûts supplémentaires résultant de la diminution de la performance professionnelle des personnes dont la dépression n’est pas soignée. Suivant une étude, pour l’ensemble des problèmes de santé mentale, le nombre de journées de performance professionnelle réduite pourrait être cinq fois supérieur au nombre de journées perdues en raison de congés Dans une autre étude, on a estimé que 81 % du temps de travail productif perdu était fonction d’une réduction de la performance au travail.

Les coûts du suicide
Aucun coût n’est supérieur à celui de la perte d’une vie humaine et à l’impact profond qu’elle exerce sur l’individu et sa famille, mais cette tragédie de la santé publique entraîne aussi des coûts économiques. On estime que le suicide représente environ 7 % des coûts d’ensemble de la dépression. Les coûts globaux du suicide, quelle que soit la maladie mentale qui l’ont provoqué, ont été estimés en 1997 au Royaume-Uni à environ 2,5 milliards de GBP, soit un peu moins de 10 % du coût global des maladies mentales [29]. En Suisse, le coût des suicides et des tentatives de suicide a atteint 1,7 milliard d’euros (2,5 milliards de CHF 2 003).

Bibliographie :
1. Factsheet de l’OMS EURO/03/03.
2. Jamison K. R., « Suicide and bipolar disorder », Journal of Clinical Psychiatry, 61 Suppl 9:47-51, 2 000.
3. Thomas C. M., Morris S., « Cost of depression among adults in England in 2 000 », British Journal of Psychiatry, 183, 2003, p. 514-519.
4. Greenberg P. E., Kessler R.. C., Birnbaum H. G., Leong S. A., Lowe S. W., Berglund P. A., Corey-Lisle P. K., « The economic burden of depression in the United States : how did it change between 1990 and 2 000 ? », Journal of Clinical Psychiatry, 64, 2003, 1465-1475.
5. Berto P., D’Ilario D., Ruffo P., Di Virgilio R., Rizzo F., « Depression : cost-of-illness studies in the international literature, a review », Journal of Mental Health Policy and Economics, 3 (1), 2000, p. 3-10.
6. Dewa C. S., Goering P., Lin E., Paterson M., « Depression-related short-term disability in an employed population », Journal of Occupational and Environmental Medicine, 44 (7), 2002, p. 628-33.
Crawford, M., « Depression : international intervention for a global problem » British Journal of Psychiatry, 184, 2004, 379-380.
7. Dawson A. et Tylee A. (réd.) Depression : social and economic time bomb, BMJ Publishing Group, Londres,2001.

 

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