[ Liste des articles du n° 8 ]
Les biosimilaires : Process de fabrication et de réglementation
Les intervenants dans cette demi-journée étaient Mr Mahly et le Pr Cherrah de la direction du médicament et de la pharmacie au Ministère de la Santé Publique, le Dr Prugnaud qui est un pharmacien hospitalier et membre de la commission d’AMM en France et membre du groupe de travail pharmaceutique des produits biologiques et de biotechnologie, ainsi que Dr Bernard Canaud néphrologue au sein du service de Néphrologie Dialyse et Soins Intensifs à Hôpital Lapeyronie Montpellier.
La présentation de Mr Mahly a consisté à définir les médicaments issus de la biotechnologie en général et plus précisément les médicaments biosimilaires. Il a décliné cette définition comme suit « génériques de médicaments biologiques ou copies de médicaments biologiques similaires dans leur action à des molécules originales dont l’efficacité et l’innocuité ont été démontrées ». Il a précisé au cours de son exposé l’importance croissante de ces médicaments dont le marché pharmaceutique qui est estimé à une centaine de milliards de $ en 2010, ce qui représente 10 à 20 % du marché mondial. Il a bien rapporté qu’en 2002, plus de 28 % du pipeline mondial de l’industrie pharmaceutique était constitué de molécules biologiques, dont 70 % des molécules en développement sont positionnées pour des pathologies tel le cancer, le sida, les pathologies auto-immunes…, et dont 113 molécules sont des anticorps monoclonaux. En outre, il a rappelé les apports de ces médicaments de biotechnologie comme étant de nouvelles armes thérapeutiques plus efficaces pour des maladies mal ou non traitées, le fait que ces médicaments recombinants accroissent la sécurité des produits, d’autant plus qu’ils apportent une thérapeutique mieux ciblée et surtout qu’ils se basent sur des techniques de production à grande échelle. Il a indiqué d’autre part que les biosimilaires pouvaient contribuer à élargir l’accès aux traitements issus de la biotechnologie.
Le même auteur a précisé à la fin qu’à l’état actuel de la technologie, les médicaments biosimilaires ne peuvent pas être considérés comme des médicaments génériques stricto sensu vus leur spécificité structurelle et leurs procédés de fabrication plus complexes. Ceci implique des dispositions réglementaires particulières pour leur mise sur le marché et pour leur suivi post-marketing. À la différence des génériques, dont l’identité chimique doit être prouvée, la similarité biotechnologique est évaluée en fonction du résultat d’essais expérimentaux et cliniques complémentaires, mis en place au cas par cas. Il a également rappelé que l’Europe est en avance en la matière puisqu’il y a eu la publication déjà de la Directive 2004/27/CE, des Guidelines insuline, GH, G-CSF, les normes en cas de changement de procédés de fabrication, ainsi que les règles de suivi post-commercialisation. Pareillement, aux USA une réglementation particulière aux biosimilaires devrait voir le jour incessamment. Au Maroc, la loi 17-04 portant sur le code du médicament et de la pharmacie vient d’être publiée, l’Article 2 définit la spécialité générique et l’Article 12 les modalités de constitution du dossier de demande d’AMM. Mr Mahly a achevé son exposé en précisant également que cette demi-journée constitue une bonne opportunité de réflexion concernant les médicaments biosimilaires au Maroc.
La seconde présentation concernant les enjeux de la qualité des biosimilaires était présentée par Pr Cherrah. Il a commencé par définir la biotechnologie en étant le mariage entre la science des êtres vivants biologie et l’ensemble de nouvelles techniques alliant ainsi de nombreuses autres disciplines telles que la microbiologie, la biochimie, la génétique, la biologie moléculaire et l’informatique. Elle utilise comme outils des organismes vivants (cellules, bactéries, levures) ou des parties de ceux-ci (gènes, enzymes) afin de conduire ou contrôler des processus naturels, ou produire et purifier des substances issues de la transformation biologique de substrats naturels. Il a bien relevé le faite que ces produits de santé issus de la biotechnologie ont permis une meilleure qualité de vie par une mise en place de nouveaux concepts thérapeutiques, permettant une médecine prédictive, une médecine personnalisée avec des traitements moins lourds, une réduction du coût relatif aux soins de santé ainsi qu’une diminution des besoins en chirurgie et en hospitalisation. Il a précisé également que c’est un marché en pleine expansion qui atteindra 70 milliards de $ en 2007 avec une augmentation de 13 à 14 % par rapport à l’année précédente. Il s’agit d’un marché concentré : les dix premiers produits de Biotechnologie représentent 50 % des ventes, principalement les érythropoïétines, les insulines et les interférons alpha et bêta. (Source IMS sept 2 006). Il a également redéfini les médicaments biosimilaires et a insisté sur leur complexité de production et de leur développement, ainsi que l’intérêt majeur de démontrer la comparabilité d’un biosimilaire au produit innovateur en terme de qualité, de sécurité et d’efficacité. En outre, il a cité les exigences de qualité figurant dans les ICH (conférences internationales d’harmonisation). À la fin, il a parlé de la situation au Maroc et plus précisément à la Direction du Médicament et de la Pharmacie en indiquant qu’il existe une augmentation des dépôts de dossiers issus de la biotechnologie en vue de l’octroi de l’AMM. Tous ces produits sont importés et donc ont déjà l’autorisation de mise sur le marché dans leurs pays d’origine. Ainsi, il a rassuré qu’il y aurait des textes d’application concernant les biosimilaires qui sont en cours d’élaboration au Maroc (code de la pharmacie loi 17/ 04). Concernant les contrôles de ces médicaments, il a indiqué qu’ils sont réalisés conformément aux dossiers techniques et à la réglementation internationale en vigueur.
Quel type d’évaluation pour la production et pour le contrôle des produits de biotechnologie, était la présentation de Dr Jean-Louis Prugnaud. Ce dernier a soulevé également le problème de la complexité structurale, de la diversité du système de production et des procédés de fabrication des médicaments de biotechnologie avec les multitudes de contrôles astreignants avant de garantir leur qualité ainsi que leur sécurité, ce qui fait de l’évaluation de ces molécules une évaluation compliquée et multicritères.
La deuxième conférence du Dr Jean-Louis Prugnaud était consacrée à la réglementation Européenne en matière d’enregistrement des biosimilaires. Il a souligné le fait que ces médicaments sont issus de processus de production qui est obligatoirement différent de celui du médicament innovateur de référence, ce qui implique l’existence d’hétérogénicité. Il a illustré cette donnée en donnant des exemples notamment pour les biosimilaires des érythropoïtines.
La dernière présentation de Dr Bernard Canaud a consisté en une analyse comparative entre l’érythropoïétine en tant que médicament issu de la biotechnologie et ses produits similaires aussi bien sur le plan économique, clinique que tolérance. Et il a terminé en se posant les questions suivantes : Quelles études faut il faire pour prouver l’équivalence avec des Niveaux de preuve suffisants ; Quel degré de sécurité attendre de ces produits ? Quelle économie envisager ; Que serait la responsabilité médicale en cas d’immunogénécité ? ; Quelle est la solution de sagesse ? Les seules solutions envisagées jusqu’à présent selon son avis étaient de laisser du temps au temps et d’attendre les preuves scientifiques robustes avant d’envisager des économies.
Au terme de ces présentations, un débat s’est ouvert à l’assistance pour de plus amples éclaircissements.
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