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Enquête : Antihypertenseurs et troubles de la vigilance

L’état de vigilance peut être perturbée par plusieurs classes thérapeutiques entre autre les antihypertenseurs. La chronicité de cette thérapeutique peut rendre cet effet secondaire astreignant, en entravant les activités quotidiennes surtout professionnelles du sujet hypertendu.
Le but de notre étude était d’apprécier la fréquence et le degré de survenue des troubles de la vigilance chez des hypertendus traités par différentes sous classes des antihypertenseurs, leur impact sur la conduite automobile chez les conducteurs parmi eux, ainsi que d’évaluer le niveau de la sensibilisation des patients par leur médecin et leur pharmacien à cet effet secondaire.

Matériels et Méthodes
Notre travail s’est déroulé sous forme d’enquête au moyen d’un questionnaire anonyme, constitué de 21 questions à choix multiple, couplé à une échelle d’évaluation de l’état de vigilance de type « échelle d’Epworth » modifiée dans sa forme globale sans atteinte à son contenu, afin de l’adapter à notre contexte. L’étude est réalisée à la consultation de cardiologie de CHU Ibn Rochd durant 3 mois (Mai–juin 2004). Le nombre de patients inclut dans l’étude était pré-établi à 100 patients. Le principal critère d’inclusion était la prise au long cours d’un traitement antihypertenseur.
Résultats
Répartition selon les sous-classes des antihypertenseurs (Fig. 1)
Parmi les 100 hypertendus, plus que la moitié était sous diurétique, le reste sous IEC, IC ou bêtabloqueur. Uniquement 4 patients étaient sous antihypertenseur central.

Somnolence sous antihypertenseur (fig. 2)
Plus de la moitié des patients sous antihypertenseurs (toutes sous classes confondues), présentaient un trouble de sommeil.

Nature du trouble du sommeil engendré en fonction de l’antihypertenseur consommé (fig. 3)
La majorité des troubles du sommeil était représentée par une insomnie.
Les autres troubles étaient représentés plus particulièrement par des cauchemars.

Répartition des troubles de sommeil selon les sous-classes des antihypertenseurs (fig. 4)
Les diurétiques sont les plus incriminés dans la survenue d’insomnie suite au lever multiple pour besoin d’uriner, suivis par les IEC et les IC.
Les antihypertenseurs centraux causent rarement une insomnie malgré qu’ils entraînent tous une somnolence diurne. Le principal trouble causé par les bêtabloqueurs est représenté par les cauchemars.

La fréquence de survenu de somnolence diurne en fonction de l’antihypertenseur consommé (fig. 5)
Tous les patients sous antihypertenseur central, les trois quarts sous bêtabloqueur, la moitié sous IEC et moins du tiers sous diurétiques, ont présenté une somnolence diurne.

Quantification de la somnolence diurne causée par les antihypertenseurs (Fig. 6)
Parmi les patients présentant un trouble de sommeil, le quart avait comme conséquence une somnolence diurne majoritairement modérée évaluée subjectivement par l’échelle d’Epworth.

Conséquences de la somnolence sous antihypertenseurs (fig. 7)
16 patients de notre échantillon étaient motorisés dont 3 ont eu un accident grave de la voie publique et incriminaient comme cause leur trouble de vigilance secondaire à la prise de leur antihypertenseur.

La sensibilisation des patients à cet effet indésirable (fig. 8)
Uniquement 11 % des patients de notre échantillon étaient informés du risque de survenue de ces troubles de vigilance par leur médecin et 5 % par leur pharmacien.
Discussion
Parmi les 56 patients sous diurétiques, nos résultats ont retrouvé une baisse de la vigilance chez 32,1 % des cas. Les malades sous bêtabloquants ont rapporté un pourcentage de somnolence de 75 %, contrairement à BELSON MG et col, qui retrouve une somnolence dans seulement 0,5 % des cas [1]. Une baisse de la vigilance a été notée chez 50 % des patients sous IEC, alors que COULTER DM ne les trouve responsables d’une somnolence qu’à 1,1 % [2]. Les patients sous inhibiteurs calciques avaient une somnolence diurne dans 30 % des cas dans notre série. Par contre, 100 % de nos patients ont eu une somnolence diurne sous antihypertenseurs centraux, ce qui rejoint les résultats de KLEIN-SHWARTZ qui a trouvé la somnolence diurne chez 80 % des patients [3].
Ces différences des résultats peuvent être dues à la large prescription des diurétiques au Maroc, car les médecins suivent le consensus de l’Europe qui exige la prescription des diurétiques en première intention dans la thérapie antihypertensive. Ainsi au faible coût de cette classe qui la rend plus accessible par rapport aux autres antihypertenseurs.
Des troubles de sommeil à type d’insomnie ont été retrouvés chez 86,2 % de nos malades, dont 64 % ont été attribués aux diurétiques et 19 % aux inhibiteurs de l’enzyme de conversion, ce qui rejoint les résultats de CONNOLLY JP et col [4] (11,8 % d’insomnie avec les IEC). 10 % d’insomnie a été rapportée aux inhibiteurs calciques, 6 % aux bêtabloquants et 2 % aux antihypertenseurs centraux. Quant aux cauchemars, ils ont été retrouvés chez 100 % de nos patients sous bêtabloquants par contre BRISMAR K et col, n’ont retrouvé cet effet que dans 21 % des cas [5]. 31,1 % des malades ont indiqué que c’est le traitement antihypertenseur qui est responsable de ces troubles de sommeil, par contre l’hypertension artérielle a été incriminée par 68,9 % de nos patients dans la génération de ces troubles. Selon une étude réalisée par SUKA M et col, l’hypertension artérielle a été incriminée par 40,1 % des patients ayant une insomnie d’endormissement et par 42,3 % des patients ayant une insomnie de maintien de sommeil [6].

Les accidents de la voie publique sont survenus au cours du traitement chez 18,7 % des cas de notre population motorisée qui est comptée à 16 % de la totalité des patients hypertendus. Ce pourcentage faible confirme les données de PANIZZA D et col, qui ont retrouvé que certains antihypertenseurs tels que les bêtabloquants améliorent l’habilité de conduire chez 75 % des conducteurs contre 12,5 % de placebo [7].

Les pourcentages élevés des conséquences des troubles de vigilance survenus chez les patients de notre série, permettent de poser l’hypothèse de l’existence d’une réelle relation entre l’absence de sensibilisation des patients à l’effet sédatif de ces médicaments et la survenue des accidents de la voie publique. Ceci nous incite à tirer une sonnette d’alarme auprès du personnel médical à propos de leur responsabilité qui ne se résume pas uniquement à l’examen clinique et à la prescription de l’ordonnance, mais aussi à une bonne explication de cette dernière ainsi qu’au conseil médical.

CONSEILS ET RECOMMANDATIONS
Les antihypertenseurs sont des médicaments de prise chronique, d’où la nécessité de prévenir les patients hypertendus et les sensibiliser au risque de survenue des troubles de vigilance pour assurer à la fois une bonne observance du traitement et aussi éviter d’éventuels accidents.

La présentation de pictogramme sur les boîtes de médicaments pouvant causer un trouble de la vigilance serait un bon moyen de sensibilisation et de mise en garde du consommateur et plus particulièrement le conducteur d’automobile et les utilisateurs de machine.

 

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(c) Repère médical n° 8

 

 

 

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