[ Liste des articles du n° 7 ]
Enquête : La perception des génériques par la population
À l’heure où des économies de soins s’imposent, la piste des médicaments génériques est évoquée, puisque ces derniers représentent une source d’économie.
Au Maroc, nous avons un taux d’analphabétisation qui est très important, un taux de chômage conséquent qui en suit, et un taux de couverture médicale qui ne concerne que 16 % de la population où le pouvoir d’achat ne permet pas à la plupart des citoyens d’avoir accès aux médicaments selon leurs besoins ce qui rend l’usage des médicaments génériques incontournables du moins chez les couches sociales les plus défavorisées.
De ce fait le médicament générique doit jouir de plus en plus de la confiance des différents acteurs notamment des patients.
Le but de notre travail est d’évaluer les connaissances des consommateurs sur le médicament générique, étudier l’influence de la sensibilisation sur leurs connaissances et d’analyser le point de vue du consommateur concernant la substitution.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
C’est une étude prospective faite auprès d’un échantillon aléatoire de 150 personnes sur une période de 4 mois étalée de Mars à juin 2005. Les personnes interviewées étant représentées par les malades hospitalisés dans différents services (CHU, Hôpital de zone) et les patients consultant les centres de santé et le secteur privé. Le choix de ces patients n’obéissait à aucun critère d’inclusion précis.
On a utilisé un questionnaire de 15 questions comprenant d’une part une série de questions auxquelles il faut répondre par oui ou non et d’autre part des questions à choix multiples.
RÉSULTATS :
Données démographiques :
L’âge des personnes interrogées s’étalait entre 18 et 84 ans, avec une moyenne de 40 ans.
La population étudiée était composée de 87 personnes de sexe féminin, soit 58 % et 63 de sexe masculin soit 42 %. Les alphabètes y représentaient 73 % contre 27 % d’analphabètes.
Les étudiants et les élèves représentaient la majorité (27 %) de la population étudiée, en 2ème lieu, on trouve les personnes sans professions et les femmes au foyer (25 %), le reste de la population était composé de professeurs, instituteurs, ingénieurs, fonctionnaires, commerçants, retraités et autres.
Type de médication préconisée (Fig. 1)
La majorité des personnes interviewées (soit 81 %) achètent leurs médicaments sous prescription et automédication. 27 personnes (soit 18 %) achètent leurs médicaments uniquement sous prescription contre seulement 2 personnes (soit 1 %) qui les achètent uniquement par automédication.
Médicaments préférés par les patients (Fig. 2)
- Nous avons remarqué dans notre étude que presque la moitié (soit 48 %) des personnes interrogées est indifférente que le médicament prescrit par le médecin soit importé ou fabriqué localement.
- 63 patients (soit 42 %) préfèrent les médicaments importés, alors que seulement 15 patients (soit 10 %) préfèrent les médicaments fabriqués localement.
Évaluation des connaissances du consommateur sur les médicaments génériques
- 57 % des patients interrogés ne savent pas que la plupart des médicaments commercialisés ont des copies qui leur sont quasiment identiques et 85 % ne savent pas que ces copies s’appellent des génériques et n’ont jamais entendu parler d’un médicament générique.
- La plupart des patients interrogés soit 84 % ne connaissent pas la définition d’un générique.
Impact de l’information de la population
- Presque les ? des personnes interrogées (soit 74 %) estiment qu’ils sont actuellement bien informés sur les médicaments génériques.
- 118 patients interrogés (soit 79 %) sont devenus favorables à la prescription des médicaments génériques par leurs médecins contre 21 % qui y sont défavorables.
Point de vue sur la prescription des génériques par le médecin (Fig. 3)
- 79 % des consommateurs sont favorables à la prescription des génériques par leurs médecins, 59 % de ces patients sont favorables à cette prescription parce que les médicaments génériques sont moins chers que les médicaments de référence.
21 % des patients sont défavorables à la prescription des génériques par leurs médecins, 69 % de ces patients sont défavorables parce qu’ils ne sont pas bien informés.
Point de vue sur la substitution des génériques par le pharmacien (Fig. 4)
- 65 % des consommateurs sont favorables à une substitution par le pharmacien du médicament de référence par un générique, 57 % de ces patients sont favorables à cette substitution à condition que le médicament générique proposé soit moins cher.
33 % de ces patients préfèrent attribuer le choix de substitution à leurs médecins.
- 35 % des patients sont défavorables à une substitution par le pharmacien du médicament de référence par un générique. La majorité (soit 77 %) de ces personnes défavorables à la substitution attribue ce refus à l’absence du pharmacien dans son officine, alors que 23 % pensent que le pharmacien risque de leur substituer le médicament le plus cher.
- Parmi les patients qui sont défavorables à une substitution, sans l’accord de leurs médecins ; 47 % le sont car ils ont confiance en leurs médecins qui connaissent mieux leurs pathologies. 42 % sont défavorables car ils pensent que l’ordonnance doit être respectée et leur guérison est sous la responsabilité du médecin, alors que 11 % sont défavorables pour les deux raisons.
DISCUSSION
Perception des génériques par le consommateur
En France, Selon un sondage réalisé par l’association fédérale des nouveaux consommateurs en septembre 1994, 82 % des Français n’avaient jamais entendu parler des médicaments génériques.
Selon une autre enquête menée en juin 1996, 25 % des personnes interrogées déclarent connaître le terme de médicament générique, pour 60 % d’entre eux le générique était un produit moins cher.
Dans une étude menée par l’institut du générique en septembre 1996, pour 50 % des personnes interrogées, le terme de médicament générique avait une signification.
D’après une autre étude auprès d’un échantillon de 1 038 personnes (représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus) menée par TMO (Société d’études et de conseils en Marketing) et publiée en février 1997, 2 Français sur 3 ont entendu parler des génériques. Ce type de médicament est connu de manière certaine par la moitié des Français et plus spécialement par les actifs, les professions libérales, cadres et les personnes âgées.
Dans une étude réalisée en France par Bayer en janvier 1999, pour 87 % des patients interrogés un médicament générique était un médicament équivalent au médicament de marque, présenté sous un nom différent et à un prix inférieur.
Dans une autre étude réalisée auprès des pharmaciens et des médecins de bordeaux en 2001, des fiches-patient ont été remplies, et ont révélé que la grande majorité des malades sait ce qu’est un médicament générique (84 %), le plus souvent par le biais du pharmacien.
Ces résultats permettent de conclure que la prescription du générique a beaucoup évolué au fil des années, et le consommateur français possède de plus en plus une bonne connaissance de ces médicaments. Ces résultats ont probablement été obtenus en France après les compagnes d’information et de sensibilisation.
Notre étude a ciblé une population faite de 27 % d’analphabètes, 25 % de personnes sans profession, et 57 % de personnes non mutualistes. On a obtenu les résultats suivants :
- 57 % ne savaient pas que la plupart des médicaments commercialisés ont des copies qui leur sont quasiment identiques.
- 85 % ne savaient pas que ces copies s’appellent des génériques et n’en ont jamais entendu parler.
Des résultats qui sont faibles devant une population faite de 73 % de gens lettrés.
L’impact de l’information sur l’avis des patients
Dans notre étude après sensibilisation des patients interrogés, presque 3 patients sur 4 estiment qu’ils sont maintenant bien informés sur les médicaments génériques et qu’ils sont prêts à demander à leurs médecins de leur prescrire ces médicaments bon marché (79 % des cas). Ces patients sont devenus favorables à la prescription des médicaments génériques par leurs médecins car : ils sont moins chers pour 59 % d’entre eux, résultats attendus devant un échantillon fait de 57 % de personnes non mutualistes.
En France, diverses études ont été réalisées, et ont montré que les patients sont globalement indifférents aux prix de leurs traitements : plus de 85 % des Français bénéficient d’une mutuelle ou d’une assurance complémentaire contre 15 % au Maroc.
Dans notre étude, 26 % des personnes déclarent qu’ils sont favorables à la prescription des génériques par les médecins parce qu’ils ont confiance en ce qui est prescrit par ces derniers. Ces chiffres concordent avec une enquête menée par TMO (société d’études et de conseils en marketing) auprès d’un échantillon de 1 038 personnes représentatif de la population française et qui précise qu’un français sur deux se déclare favorable à la prescription d’un générique par son médecin, et un sur quatre laisse le choix à son docteur en estimant que c’est à lui de choisir.
Une autre étude réalisée auprès de 520 ophtalmologistes a montré que les patients acceptent volontiers la prescription d’un médicament générique par leur médecin, mais ne souhaitent pas que le pharmacien prenne cette initiative, ayant alors l’impression de ne pas être aussi bien traités.
21 % des patients interrogés sont défavorables à la prescription des génériques parce qu’ils ne sont pas bien informés pour 69 % d’entre eux. Tandis que 31 % des personnes défavorables à la prescription des génériques estiment qu’ils n’ont pas la même efficacité que les médicaments de référence.
Donc, ces patients restent la victime d’un vrai manque d’information sur la nature même du générique et plus généralement sur le médicament (recherche, fabrication, détermination du prix, etc.).
Aujourd’hui, même si le générique est mieux accepté, trop de patients sont encore réticents.
Pour sensibiliser les patients, il est nécessaire d’engager des compagnes d’information et de sensibilisation élargies grâce aux médias écrits et audiovisuels, distribuer dans les salles d’attente des plaquettes d’information à l’usage des malades pour qu’ils comprennent les raisons de prescription des génériques par leur propre médecin, lorsque cela ne gêne pas la qualité des soins et dans le cadre d’une décision thérapeutique qui va passer du consentement éclairé à la décision partagée.
Point de vue sur la substitution
Les patients sont également concernés, le changement d’aspect, de forme, de couleur des médicaments peut perturber certains malades habitués à « leurs produits ». Comme pour tout changement thérapeutique, les patients devront être informés et rassurés par médecins et pharmaciens, une étude a montré que 70 % des patients acceptent la substitution si elle est bien expliquée.
Chez un malade chronique, polymédiqué, âgé, le changement de forme, de couleur, ou de marque des médicaments d’un mois sur l’autre, au gré des renouvellements, risquerait fort d’entraîner des confusions ou des défauts d’observance, générateurs de défauts d’efficacité ou d’incidents, voire d’accidents thérapeutiques. Chez ces patients, la substitution d’un princeps de l’ordonnance par un générique devra se faire graduellement (un produit par mois par exemple), une fois pour toutes ; idéalement en plein accord entre médecin prescripteur et pharmacien dispensateur.
D’après notre propre étude ; 65 % des patients sont favorables à une substitution de leurs médicaments par un pharmacien, si le générique proposé est moins cher pour 57 % des cas. À noter que 57 % des patients interrogés n’ont pas de mutuelle ou d’assurance. A contrario en France ; les patients ne se sentent pas concernés par les économies que peuvent réaliser les médicaments génériques, pour eux, le remboursement de leurs médicaments est un acquis social.
Relation médecin-malade et substitution
La relation médecin-patient « considérée par beaucoup comme étant juridiquement un contrat » paraissait être le moment privilégié facilitant l’adhésion du patient à son traitement. Donc, éventuellement à l’utilisation de générique. Elle est la base du maintien de la confiance du patient en son médecin et en son pharmacien, confiance qui ne doit pas être altérée par le mécanisme ultérieur de la substitution. Il est souhaitable que tout soit fait pour que le patient garde sa confiance en son médecin, son pharmacien et son médicament, que le doute ne s’installe pas en particulier, dans l’esprit des personnes âgées et dans celui des parents vis-à-vis des médicaments prescrits à leurs jeunes enfants.
Dans notre étude ; 33 % des patients sont défavorables à une substitution des génériques par le pharmacien, sans l’accord du médecin car ils ont confiance en leurs médecins pour 47 % d’entre eux.
42 % pensent que l’ordonnance doit être respectée et leur guérison est sous la responsabilité du médecin.
Or, la clef du succès de la substitution reste l’acceptation totale et sans crainte de la part des patients.
Ces résultats concordent avec ceux d’une étude réalisée en 2001 en France, et qui a montré que 52 % des patients sont réticents à la substitution car ils veulent suivre à la lettre la prescription des médecins.
Pour tenter de faire disparaître les craintes des patients, une relation triangulaire de confiance doit s’instaurer entre médecin / pharmacien et malade. Le développement des génériques ne doit pas être considéré comme étant du seul ressort des pharmaciens, car les médecins peuvent contribuer par leur attitude, à faciliter l’indispensable dialogue qui doit se nouer autour de l’acte de substitution.
Le pharmacien doit lui aussi instaurer une communication avec ses patients afin d’expliquer pour informer, de commenter pour rassurer et convaincre de l’intérêt de la nouvelle délivrance. Si le médecin a au préalable, bien expliqué au malade ce qu’est un médicament générique tant sur sa qualité, son efficacité que sur sa sécurité, le pourquoi et le comment de la substitution, la tâche du pharmacien en est simplifiée et la confiance du patient plus grande à l’égard du médicament générique.
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